
Charles
Schérer est né le 22 juin 1871 à Blida, de parents Alsaciens Lorrains. Il
suivit, pour l’époque, quelques études et ne cessa de s’instruire tout au
long de sa vie. Grand amateur d’histoire il avait également une admiration
sans borne pour Victor Hugo qu’il avait lu entièrement; sa bibliothèque,
livres reliés de cuir rouge aux lettres dorées, me fascinait et c’est sans
doute de là que me vient cette passion pour les livres et la littérature. Ce
que je ne sais pas c’est pourquoi il franchit les quatorze kilomètres qui
séparent Blida de Boufarik. Peut-être par amour? Puisqu’il rencontra
Marie-Mariette Régipa de sept ans sa cadette qu’il épousa en 1898 et dont il
eut quatre enfants: Andrée, Charles, Marc et Félix, mon père. Il fonda la
distillerie d’essence de géraniums, en face de la gendarmerie, boulevard
Gros, ce qui faisait dire aux gens que la gendarmerie était au parfum! L’entreprise
fut des plus prospères, jusqu’en 1935 il fournissait les fabriques de la
ville de Grasse. S’intéressant au devenir du village et au bien-être de ses
concitoyens il prit une part active à la vie de Boufarik en s’impliquant dans
les affaires administratives et se lia avec Amédée Froger, le maire, qui en
fit son adjoint.
C’est avec déférence et admiration que les vieux Boufarikois parlaient de ce grand-père que je n’ai hélas pas connu. L’histoire se termine mal, ce que ma mémoire d’enfant a enregistré, mon père étant décédé, c’est qu’un escroc (de Grasse) lui fit faire de mauvaises affaires et la distillerie fit faillite. Mon grand-père vendit tous ses biens, et au lieu de déposer le bilan comme il en avait la possibilité, remboursa tous ses créanciers. Il mourut quelques années plus tard, ruiné, en disant : " je suis un honnête homme ", ce furent ces dernières paroles.