Les
vergers de Boufarik en sursis El Watan 31
mai 2000
La ville de Boufarik est un exemple type de l'urbanisation anarchique des terres
agricoles. Sur les 1000 ha de ces vergers irrigués, prévus pour le développement
urbain de la wilaya de Blida, la ville de Boufarik devra sacrifier à court et
moyen terme une superficie de 150 ha.
L'exemple le plus frappant de cette avancée du béton
est celui des fermes Saâdani Maâmar situées à l'entrée de la ville de
Boufarik. Etalée initialement sur une superficie totale d'une centaine
d'hectares, la superficie de ces exploitations agricoles (EAC) s'est rétrécie
en moins de huit années comme une peau de chagrin. Aujourd'hui, cette
plantation irriguée et à forte potentialité d'agrumes et autres fruits ne dépasse
guère les 18 ha. Les usufruitiers au nombre d'une quinzaine n'ont pas pu «arracher
» une grande partie de ces terres des mains de la mafia du foncier. Les différentes
actions menées en justice pour stopper les travaux de destruction des vergers
et des sondes hydrauliques ont pris tellement de temps que les promoteurs (privés
et étatiques) ont fini par construire de nombreux bâtiments mettant les
exploitants devant le fait accompli. Ces pratiques ont engendré une situation
des plus inextricables. Une grande partie des immeubles construits par la CNEP
et l'APC n'ont pu être vendus faute de titres de propriété des terrains
d'assiette. Il en est de même pour une cité composée d'une cinquantaine de
logements réalisée par un promoteur. En l995, le Plan de développement et
d'aménagement urbain (PDAU) est approuvé par la DEC. Il inclus l'ensemble des
fermes Saidani pour détruire le dernier « bastion » des terres agricoles situées
au nord et au sud de la ville de Boufarik. Le wali donne son accord pour mettre
en branle la machine de destruction des vergers. De leur côté, les exploitants
entament des démarches auprès des plus hautes autorités du pays pour dénoncer
cet état de fait. Pour rassurer les usufruitiers et mettre fin à la campagne
de dénonciation qu'ils menaient, le wali leur promet la non-application du PDAU.
Cependant, il y a quelques semaines, les autorités locales sont revenues à la
charge, sommant les agriculteurs à se désister de leurs terres. Cette dernière
est leur seule source de revenue. Une parcelle de 10 ha leur procure au moins
7000 q de fruits sans compter la production importante du poulet de ferme. Dans
cette anarchique urbanisation, même l'Institut des agrumes (INAF) n'y échappe
pas puisque appelé à être détruit au même titre que les vergers. Dans ce
paradis terrestre que nous avons visité, les autorités locales veulent
construire des cités-dortoirs en dépit de tous les textes qui interdisent la
construction sur les terres agricoles et appellent à leur préservation. Les
agriculteurs viennent de lancer un véritable cri de détresse et attendent que
les autorités du pays réagissent pour mettre un terme à ce massacre programmé.
«Regardez les plantations, de quel droit peut-on accepter qu'elles soient
sacrifiées juste pour faire plaisir à la mafia du foncier ?», lance un des
usufruitiers. Il nous emmène visiter les ruches d'abeilles qu'il élève et qui
lui permettent de produire une quantité assez conséquente de miel à base
d'oranges, donc très riche en vitamine C. «L'année dernière, un ancien colon
français est venu rendre visite à ses fermes, il en était malade. Il a pleuré
en voyant le béton envahir une grande partie de la superficie qui formait
auparavant ses terres… ».
Par Salima Tlemçani