Au fil des jours.. Une vie..

 

 Deuxième partie

 

PRECEDENT

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Dans l’avion, je me mis à penser aux premiers temps de mon engagement dans une cellule du MTLD, devenue MNA .,ma rencontre à Damas avec Abdelhamid Mehri ,puis mon retour en France ou je fus parmi les premiers militants du FLN ,mon départ pour l’Algérie ,suite à l’assassinat de oncle Hmida et les premiers contacts avec les maquisards. Les nuits blanches ou ,habillés et chaussé ,j’attendais le premier bruit suspect, pour bondir, escalader le mur, en espérant me faire abattre ,sous le regard angoissé de ma mère qui ne dormait pas non plus.. A la vue des actions héroïques au maquis  ,dans les villes, ou au sein de l’émigration ,aucun sacrifice n’était de trop. Mais avec le temps ,je me mis à discerner le sacré, dans mon jugement ,pour regarder les hommes sans complaisance ,tels qu’ils sont, même s’ils défendent une aussi noble cause que l’indépendance de mon pays ..Pour la libération, dont j’avais tellement rêvé ,j’étais prêt à suivre n’importe qui ,jusqu’au  sacrifice suprême .Mais avec le temps, j’appris à connaître également le courage suprême, de dire NON ! quand je le jugeais nécessaire .Je quittais le pays avec tristesse ,mais sans regret, avec une conscience exigeante certes ,mais tranquille  .                                     

     Durant mon absence, l’atmosphère à Paris avait complètement changé. Avant mon départ pour Lyon ,le MNA était le maître du terrain et dictait impitoyablement sa loi. A mon retour, Je découvris qu’il ne survivait que dans quelques îlots .Ce fut le cas, du coté de la rue de Maux et surtout la rue Petit, dans le 19ème ,que je connaissais bien et ou ,comble de la honte !..des policiers Français mitraillette en bandoulière, protégeaient le quartiers ou subsistaient quelques messalites.  Une fédération de France avait été crée avec de nouvelles structures,  une répartitions des taches. La collecte des cotisations ne  concernait plus les groupes de choc . La Révolution avait déjà quelques années d’expérience. Les militants trompés au début ,finirent par se rendre compte de la réalité et rallièrent massivement le FLN parfois avec armes et bagages .Les médias ,les témoignages divers, finirent par dévoiler la vérité .Seuls des gens  butés ,voir fanatisés ou trop compromis demeurèrent au MNA.

    La première publicité connu par le public et les militants  à Paris au profit de l’ALN et le FLN ‘ fut  un reportage et interview  parus dans  «  France  Observateur » un hebdomadaire Français. La photo d’un groupe armée aux visages masqués fut sensationnelle , surtout pour les Algériens. Dans « France Observateur »J’apprendrai que l’interlocuteur de  Robert Barrat ,un journaliste de tendance chrétienne libérale, n’était autre que « Boukarro » le premier chef de la wilaya IV , de son vrai nom Ouamrane. Depuis ,ce journal  jusqu’alors inconnu par nous ,devenait une publication de référence. Souvent saisi ,cet hebdomadaire  était animés par des journalistes opposés à cette guerre…Il y avait Gilles Martinez etc. et surtout, un directeur pour lequel j’avais beaucoup d’admiration. C’était un ancien résistant qui avait vécu le temps de l’invasion de son pays par les troupes Allemandes et qui s’en souvenait .Il s’agit de Claude bourdet avec  lequel, je resterai en contact, jusqu ‘à sa mort ,avenue de  Iéna, A Paris , j’ai également en mémoire la livraison du premier numéro du  journal « la  Résistance » diffusé à Paris .

     Avant de venir à bout du MNA que de sacrifice avait il fallu !.Certains militants étaient  d’une fidélité tellement prononcée pour celui qui ,à  leurs yeux, incarnait la patrie, qu’ils préféraient mourir plutôt que de céder. On me rapporta le cas de ce messaliste dans le nord de la France  ,père de sept enfants. Une nuit, des militant FLN  lui rendirent visite dans sa baraque. Parmi ces derniers figurait un ancien policier rallié au FLN .Après avoir  liés les poignés de cet ouvrier  derrière le dos, ils  sommèrent ce fidèle ouvrier, de dire »vive le FLN ! ».Relevant le défit  ,celui ci, se mit à crier à tue tête « vive Messali El Hadj !.. »vive le Zaim ! »Au fur et à mesure qu’il persistait, on lui plongeait la tête  dans un bac plein d’eau gelée   ,jusqu’à ce qu’il rendit l’âme… Nombreux furent des hommes de cette trempe ; morts,  en combattant leur frères du FLN ,alors qu’ils auraient pu servir la cause nationale ..Des dizaines de militants du FLN  perdirent la  vie sous les balles d’éléments volontaires certes ,dont on ne peut nier le patriotisme, mais qui furent trompés par leur dirigeants .Messali EL Hadj qui avait si courageusement tenu tête aux tenants du colonialisme, commettait ce qui nous semblait désormais l’équivalent d’un crime impardonnable. Ne mettait il pas sa personne, son   prestige, au dessus de l’intérêt national !?Dès lors ,même ceux qui l’adoraient   ,lui vouèrent une haine  implacable .Les kabyle l’appelèrent Bou Tchamert (le barbu)Par crainte d’être soupçonné d’être un sympathisant messaliste personne ne porta plus la barbe ,alors que par le passé ,on était fier de l’exhiber pour marquer nos tendances.

      A mon retour en France ,la situation s’était clarifiée .Ne demeuraient dans l’organisation messaliste que ceux qui avaient « brûlé les ponts « , pour s’être  acharnés à défendre ce qui nous paraissait indéfendable  .Ils avaient les mains rouges, du sang de militants du FLN .Il n’espéraient plus aucun pardon de leur adversaire .Quel gâchis !..

     De leur coté, les Français n’avaient pas du tout intérêt à voir disparaître le MNA qui pouvait constituer une carte, dans l’espoir de contrebalancer l’influence du FLN qui se considérait comme le représentant exclusif du peuple  Algérien. Le gouvernement Français fit l’impossible pour trouver, ce qu’il appelait « une troisième force ».Je me souviens des écrits  d’une sociologue ayant pignon sur rue ,apparemment de tendance libérale mais qui ,à tort ou à raison, me donnait l’impression ,d’agir pour le compte des tenants de « l’ Algérie  Française ».Ce fut la mes conclusions ,après lecture de ses comptes rendus de presse ou elle me semblait mettre en exergue des entretiens avec des responsables réel ou fictifs du MNA que nous nous efforcions de « tuer » politiquement  Cette dame aujourd’hui âgée semble etre une amie de mon pays,  auquel elle avait consacré de nombreux écrits .Tout récemment,,je la vis à la TV Française, alors qu’elle présentait un livre sur les Aurès .Il s’agit de Germaine Tillon,  que Dieu lui prête vie..

       La protection policière des rescapés du messalisme ne fit que précipiter la chute du  mouvement National Algérien ,déjà moribond. L’influence de ce dernier était tellement réduite qu’elle ne prêtait  plus l’attention. Désormais ,les militants du FLN pouvaient se mobiliser entièrement contre l’occupant. Malgré  l’accentuation de la répression  la création de camps de transit ou de détention comme à La Villette à Vincennes ,  ou à Larzac ,le FLN vivait en France,  au sein de l’émigration, « comme un poisson dans l’eau « Le quartier de Barbès était  quadrillé   par des harkis ramenés d’Algérie  Ces derniers étaient souvent plus brutaux envers leurs compatriotes ,mais pas plus efficaces .Ils ne génèrent en rien, l’action de la résistance. .Pour séduire Renne ,une  ravissante Eurasienne (de mère Française et de père VietNamien) habitant avec nous. L’un d’eux, ne trouva rien de mieux que de liquider notre  compagnon ,un frère Marocain, habitant avec nous. C’était un merveilleux garçon.

       Qu’il s’agisse de travailleurs ,de  commerçants, de  proxénètes ou même de prostituées, de gré ou de force ,chacun payait sa cotisation ,afin de soutenir l’effort d’une guerre, que l’on prévoyait de longue durée.

         L’interdiction de boire du vin était une contrainte certes, mais elle permit aux Algériens de répondre aux exigences du moment ,notamment sur le plan de la dignité.  Certains buvaient, malgré tous les dangers que cet acte pouvait comporter. (la mort ),mais ils le faisaient dans la discrétion, en évitant quand même de se saouler et s’offrir en spectacle.. L’hygiène faisait l’objet d’une attention permanente. Des Hôtels insalubres devenaient proprets. L’hôtelier Algérien était tenu de respecter les règle en matière de propreté jusque là considérer sans importance, quitte à  investir  d’importantes  sommes d’argent, alors que le locataire était tenus à respecter les lieux communs. Celui qui demeurait insensible au discours moraliste, s’inclinait par la contrainte. C’est dans cette atmosphère ,que  je débarquais à Paris  .D’anciens camarades que j’avais laissé à la base, avaient pris du grade et occupaient des postes de plus en plus important .D’autres étaient soit morts, soit emprisonnés, soit rentrés au pays rejoindre l’ALN.

      Pour un inconnu ,l’accès  au quartier  tel que Barbès n’était pas facile. Par mesure préventives, contre une éventuelle tentative d’infiltration ,un nouveau venu était automatiquement interceptés et soumis à interrogatoire,  musclé si nécessaire. Mais moi, du moins au niveau  du boulevard de la Chapelle, je n’étais pas un  étranger. Il y avait trois Arabdiou. Mon frère Dlillali arriva dès mon installation à Barbès. Avant qu’il ne vienne ,je lui avais déjà préparé une place dans ma chambre, ainsi qu’un emploi dans une entreprise qui fabriquait des fauteuils pour coiffeurs. Ils faisait du ponçage avant peintre ,un travail très nocif ,qui lui permit de gagner sa vie ,en attendant de trouver mieux .Vinrent en suite mes deux cousins Hamoud et Ali. Marié à une Française et père ( à l’époque d’une fillette) ce dernier refusa de retourner au pays, même lors du décès de son père et de sa mère. Il opta pour la nationalité Française et coupa tous les contacts avec sa famille Algérienne. Mon frère et mes cousins étaient évidemment structurés. Hamoud  ancien boxeur nerveux ( à l’époque lors d’un match à Blida contre un blidéen, pour riposter aux quolibets des supporters adverses qui l’invectivaient ,du ring, il ne trouva rien de mieux que de. .baisser la culotte. ! (Cela lui coûta sa radiation à vie..) Ce cousin se servit de sa médaille gagnée pour avoir sauvé une fille qui tentant  de se suicider en se jetant  dans la Seine, pour échapper aux nombreux contrôles policier imposés par la situation...

     Pour illustrer la situation qui prévalait,  je citerai le cas d’un  grand footballeur Boufarikois qui ,arrivé en touriste d’Algérie s’était hasardé à s’aventurer  dans Barbès .Il fut « happé » et jeté dans une cave, en attendant l’examen de son cas .Selon son propre témoignage ,il allait passer un bien mauvais quart d’heure ,s’il n’avait prononcé notre nom, en tant qu’ami. .Ce n’est qu’après vérification de cette déclaration ,que l’atmosphère se détendit. Jusqu’à son retour au pays, notre touriste ne se hasarda plus jamais  du coté de Barbès .IL ‘ agit du grand Said Said, ex joueur du Mouloudia et du Widad Atlétique Boufarikois..

       Mon arrivée à Paris fut fêté comme il se doit. Inévitablement, on me demanda des nouvelles du pays. Je répondis  évasivement tout en m’efforçant de rester dans des  généralités ,au sujet de la Révolution.. »éttaoura »..Mais à terme ,pouvait on se dérober ?j’étais las et désireux de paix.   Mais était ce possible ? Loin ,était le temps ou j’étais tout feu, tout flamme, pour la lutte, jusqu’à la mort. C’est en cette période, que je lu le commentaire de Morvan Lebesque qui eu un effet considérable sur ma perception des choses ,même les plus  sacrées. «.. mourir pour des idées d’accord, mais de mort lente.. « disait déjà ,G. Brassens... .Réaliste, je décidais de faire le minimum et m ‘en tenir là .Sous prétexte de maladie .J e demandais  modestement à me structurer dans une cellule de base et payer ma cotisation ,comme n’importe quel citoyen ,sans aucun zèle particulier .Mohamed le passionné, l’exalté, parfois autoritaire  prêt à tuer ou  faire  le kamikaze,  était mort et enterré ;place aux autres. !..

        Grâce à mon métier ( tourneur) ,je trouvais immédiatement du travail ,ironie du sort, dans une usine d’armement à Saint Ouen. C’était dur de baisser  les oreilles, mais la survie était à ce prix.   Comme lors de mon retour du Moyen Orient ,je me retrouvais sans chambre, contraint de loger au gré du hasard ,en  attendant de m’installer.

  Kader , avait vendu  l’hôtel  Montsenis à une dame quinquagénaire que je croyais allemande, parce quelle parlait yiddish que je confondais avec la langue de Goethe.  (C’est là que j’appris que, chez les juifs ,il y avait les  Askenazes et les Sépharades) Je crois que cette dame était originaire de Pologne. Elle était secondée par un blond et costaud  ayant la quarantaine .

       Cette fois ci, pour être  réadmis dans ma chambre, je du utiliser un autre stratagème que la menace Durant des semaines, je fis semblant de rendre visite à mon frère  et mes amis ou je passais la nuit .La patronne ne se rendait pas compte ,dans la mesure ou elle n’avait pas assisté à mon départ sensé être définitif.  Elle acheta l’établissement, alors que j’étais en Algérie Je me fis immédiatement envoyer des lettres avec adresse au 98. Le courrier était distribuée par la patronne ou son aide  qui ,en lisant Arabdiou  ne faisait pas de différence entre Djillali , Hamoud ,Mohalmed ete.. Bien entendu ,je m’envoyais le maximum de missives. Un beau matin ,la dame dont je ne me souviens plus le nom, trouva mes assiduités excessives et me demanda à qui je rendais visite. A cette question, je fis mine de m’indigner par cet « outrage » N ‘était ce pas scandaleux ,qu’une propriétaire ne se souvienne même  pas de ses locataires habitant l’hôtel depuis des années ?.. » A moins de cinquante mètres de là ,les autorités avaient installé un nouveau  poste de police pour mieux quadriller  le quartier  maghrébin. particulièrement « chaud »J’allais immédiatement me plaindre .Sans sourcier ,je dis à l’agent en service ,que, pour faire valoriser  son hôtel, en y installant des prostituées, la dame, une nouvelle patronne, voulait  déloger le pauvre travailleur que j’étais, etc.  .Deux gardiens ayant chacun la quarantaine m’accompagnèrent pour vérifier les faits. Montant avec moi, jusqu'à la chambre que j’occupais avec mon frère et deux compatriotes ,au quatrième étage, à une cinquante mètres du poste .Je jouais le rôle du petit Algérien inoffensif qui ne ferait pas de mal à une mouche et qui ne faisait surtout pas de politique ,mais qui était persécuté par une méchante dame raciste. Exprimant le regret de n’avoir aucune boisson alcoolisée à leur offrir, je proposais de leur préparer un thé à la menthe. « Tu ne bois pas de vin parce que tu as peur des fellagas, hein petit ?. »Bien sur ! » ,monsieur l’agent, répondis je. Compréhensif, son collègue opina du bonnet, tout en lui lançant … »:Il a raison !.. » ..et à moi d’en rajouter :. ».J’aime bien boire un coup de temps à autre, mais risquer ma vie pour ça, non !.. »dis je sur un ton de confidence. Je montrai ma valise sur la vieille garde robe, des casseroles que je revendiquais ,tout en présentant les autres « preuves » que constituaient les enveloppes  cachetées par la poste et portant mes nom et prénom. J’exhibais ensuite ma carte Nationale d’identité délivrée par la préfecture de la Seine ,ou il  étaient établi  que j’habitais bel et bien au 98 boulevard de la Chapelle ,Paris 18ème  A leurs yeux, plus de doute, cette femme, leur parut comme un monstre. Ces deux braves agent ,se mirent gentiment à me taquiner : »Entre nous petit , vous payez tous aux fellagas ,dis nous la vérité ! » .Je regardais à droite à gauche ,comme pour éviter des oreilles indiscrètes,  puis je leur « avouais » à voix basse « bien sur !.. »tout le monde y passe, si non, (je mimais le couteau à la gorge).. » «  Et tu connais les gens à qui tu remets de l’argent ?.. ».. »Bien sur que non !A chaque fois c’est un nouveau qui passe, lui ,il me connaît et moi je ne le connais pas. Ils ramassent un paquet comme ça !..et ils filent avec notre pognon , les salops   !.C’est presque toujours un nouveau qui vient ,pour éviter qu’on les dénonce, à la police .Et puis entre nous, même si je connaissais le raquetteur ,je n’oserai jamais vendre la mèche à la police, parce qu’ils ont partout des complices, même des Français .Ca s’est vu !...Je suis un père de famille, moi..

  Après un bref silence, l’un dira à l’autre « Il a l’air bien ce p’tit gars.. »Ces braves agents me rappelèrent  monsieur De Massieu le DG de la SCA  à Boufarik  .C’est dans cette ambiance favorable que la patronne ouvrit la porte de la chambre,  évidemment sans frapper ,prévenue sans doute par quelqu’un, de la présence policière…Avant même qu’elle ne  reprene son souffle, un des policier lui lança :.. » C’est tout de même honteux madame que vous ne laissiez pas tranquille de pauvres bougres commença !..Ou voulez vous qu’il aille, si vous le virez de sa chambre ? Ils lui précisèrent que « chasser un locataire  arbitrairement » ,était un délit ;une infraction ..Si l’intéressé se plaignait, aux services des meublés, autant vous dire , que ça irait mal pour vous, c’est moi ,qui vous le dis.. ! »

        Mise sur la défensive, la patronne eut le souffle coupé  .Elle faillit tomber à la renverse ,alors que je faisais des yeux rond  et la tête d’une victime sans défense.Je précisais alors, que pour ma part je ne cherchais qu’à vivre en paix.. « Alors !, s’écrièrent en chœur mes deux protecteurs ,avant de  s’en aller. Depuis ce jour, plus d’histoire. .Je repris ma place comme par le passé ,sans avoir à me cacher. Deux mois après  ,je quittais cet hôtel pour de bon…

       Je commençais à peine à toucher ma première paye en usine ,lorsque Safi Boudissa me rendit visite. Il me demanda ce que je faisais (entendez ,pour le pays) Je lui expliquai que je me contentais de payer ma cotisation, point final. .J’avais, pour ce vieux militant, beaucoup de respect et considérations. Pour me justifier, je lui expliquais ce qui m’était arrivé au pays. Après mon frère djillali ,il était le premier à le savoir.. Cet homme me connaissait. Il se souvenait du jour ou, ,pour l’intérêt national ,je n’avais pas hésité à lui proposer de me désister  de ma responsabilité en sa faveur .Il avait confiance en moi « Oublions tout cela et. .au travail ! » » me dira t il ..

         Dans le temps ,tout à fait au début de la guerre j’étais de ceux qui ,lors des réunions ,je défendais certaines idées progressistes.  C’était le peuple, des ouvriers et  des paysans qui se battaient, se sacrifiait .Il le faisait non seulement pour voir flotter le drapeau, mais aussi pour instaurer une justice sociale.  Je mettais en garde contre toute tentative de confiscation de notre Révolution .Nous n’utilisions jamais le terme « socialiste ».Afin de ne pas effaroucher certains  Nous disions que ’Algérie serait démocratique et sociale . Le FLN était un front regroupant toutes les forces vives ,toutes tendances confondues,pour un seul objectif :l’indépendance. A tout prix ,il fallait éviter le clivage .Mais d’ores et déjà, il fallait combattre des préjugés et préparer les esprits vers des idées progressistes ..Pour ce qui est des communistes, on s’en méfiait. Non seulement «  ils ne croyaient pas en Dieu » » » disait on, mais « ils partageaient tout,   y compris leur femmes.. »C’était bête, mais il en était ainsi en matière de préjugés, dans des milieux ignorants .                                                                                                

      Après  novembre  1954, un compatriote brun, était habitué à nous rendre visite de temps à autre, dans nos chambres. C’était un étudiant , qui habitait le Vème arrondissement. Pour nous ,les ouvriers de Barbès, des gens qui créchaient au quartier latin ,c’était  soit « des bourgeois ».ou .des » intellectuelles » des gens instruits qui nous en imposaient.

      Ce jour là ,alors que notre invité partageait notre maigre repas, un responsable arriva. Comme s’il avait éventé un complot ,il me mit en garde contre  cette personne  ..Attention, me dit il ,c’est un » coco.. ! » Mon Dieu un Coco parmi nous !? Ce qualificatif eut un effet magique. Que voulez il dire ?Je n’en savais rien .Mais d’après le ton utilisé pour le signaler ,avais je pensé , cela devait être terriblement grave.  .Avant même la fin du repas ,j’appelai dehors notre invité .Sans mâcher  mes mots ,je l’accusais de venir » nous endoctriner » de profiter d’un milieu ouvrier, qui lui faisait confiance.. (je me demande s’il comprenait ce que je voulais dire).Je le mis en garde .Il ne fallait plus qu’il revienne roder  chez nous, si non ,je ne répondais de rien ..Notre visiteur eut l’air médusé par ce volte face .Bien plus tard ,cet homme originaire de Hadjout (ex Marengo) étudiant à la Sorbonne  ,deviendra un de mes meilleurs amis .C’était un homme cultivé .Lorsque quelqu’un venait étaler son pédandisme nous invitions Kader pour imposer au vantard un peu de modestie...Il était progressiste. Mon expérience m’amènera à aboutir  aux mêmes conclusions politiques que celle  de cet homme en avance sur nous ..

          Après l’indépendance Nefra  Abdelkader , enseignera à l’école des cadets de la Révolution de Koléa. Après le 19 juin 65,son épouse également prof, ,sera expulsée .Son  mari la rejoindra à Rouen ou ils étaient installés. En 1972,je leur rendis visite. Depuis ,plus de nouvelle. A cette époque déjà, il avait deux superbes garçons aussi brun que lui .L’expérience avec kader me servira ,à me prémunir du subjectivisme..

        Ma conception sur « la justice sociale » consistait à faire prendre conscience aux travailleurs de la nécessité de s’organiser au sein d’un syndicat. C’est seulement unis, que les travailleurs pourraient défendre efficacement leur droit envers et contre tous..  En Algérie ,les travailleurs s’étaient organisés depuis plus d’un an (24 Février 56) au sein de l’UGTA  (Union Générale des Travailleurs Algériens ).L’objectif  immédiat du mouvement ouvrier  était de participer à la lutte sur le front  de  la  solidarité internationale ouvrière .Les autorités Françaises voulaient nous coller une étiquette « communistes » afin de nous isoler,

    ,Pour de multiples raisons ,nos responsables ,se gardèrent de tomber dans ce piège. Même en Amérique ,nous avions de plus en plus de sympathisants ,dont J.f. Kennedy.  Pour cette raison ,notre centrale ouvrière opta pour son affiliation à la CISL ( Confédération Internationale des Syndicats Libres)

       En France, créer un syndicat ,aurait été en contradiction avec notre revendication fondamentale ; l’indépendance. Soucieux lui aussi d’étendre son influence au niveau international ,le MNA ne s’embarrassa pas de cette considération .Après avoir crée l’USTA (Union syndicale des Travailleurs Algériens) il adhéra à la FSM ( Fédération Syndicale Mondiale ).Cette situation ne nous empêcha pas d’avoir autant que possible, le maximum de relations courtoises avec les milieux de gauche, en général… Justement ,me dit mon ami Boudissa, (ne pas confondre monsousin policier français et SAFI le vieux militant Nationaliste) c’est dans ce contexte  et pour plus d’efficacité ,que la fédération de France du FLN ,décida la création de l’AGTA ,.Il m’invita à me mettre immédiatement à la tache .Je quittais mon travail chez Luchaire à St Ouen, pour m’occuper désormais de questions syndicales. Je fus affecté dans le sud de la France ,en tant que responsable des départements des Bouches du Rhône et du gard.

    L’AGTA était une organisation légale,. Elle fut constituée sur la base de la loi  de 1901 portant sur les associations.

       Notre rôle n’était pas de nous substituer aux syndicats Français.Nous avions pour mission d’inciter nos compatriotes à  y adhérer .Conformément aux directives, nous évitions d’influencer les travailleurs ,quant au choix du syndicat, tout en  manifestant nos préférences  pour la CFTC ( Confédération Française des Syndicats Chrétiens) ou  la CGT.

         Notre intérêt pour le syndicat Chrétien, se justifiait par l’aide que celui ci’ nous prodiguaient discrètement. La plupart de nos réunions ,s’effectuaient au siège  de ce syndicat. C’est en cette circonstance ,que je me rendis compte, qu’à l’instar des musulmans ,il y avait Chrétiens ( comme Michel Robert ) et Chrétiens (comme George  Montaron etc) .Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer de responsables au niveau Parisien alors qu’ à Marseille, sans doute en concertation avec leur supérieur ,ils nous ouvrirent grande, les porte de leur locaux pour des réunions légales.Le fait que  l’AGTA soit  une  association légale ,ne nous empêchait pas d’agir dans une semi clandestinité .Tout le monde savait que nous n’étions qu’un appendice du FLN. Les émigrés, auraient t ils adhérés aussi massivement, sans le mot d’ordre du FLN ?.Qu’il s’agisse de la diffusion de notre éphémère journal  « L’Algérien en France » et autres tracts ,ou bien des cotisations, tout se passait de façon,..coordonnée.                                                                                                                                          En cette occasion, je connus une bonne partie du Sud de la France. Nice ,Canne ,Nîmes, Alès etc. ..me devinrent familiers .Je découvris de merveilleux paysages qui tempérèrent ma tendance à croire que l’Algérie  était seule, le plus beau pays du monde ....Je me souviens  de Lavernared  ou des milliers d‘émigrés travaillaient dans les mines. C’est dans cette région que je découvris par hasard, une parcelle de terre plantée de. .haschich ! arbuste, que je connaissais bien, pour l’avoir moi même jadis cultivé . ..C ‘était un paysan de la région qui l’exploitait à la barbe de la maréchaussée.Cette découverte aussi se retrouvera  dans mon premier roman...                                                                                       

       Notre mission ne s’arrêtait pas aux tache syndicales. Ce n’était là, qu’un aspect. Le principal objectif était de prendre contact avec la population Française par le biais des organisations de gauche libérale, à  fin de la sensibiliser vis a vis de notre juste cause .Il fallait dire et répéter ,que la violence dont les colonialiste nous accusaient,  n’avait été utilisée qu’après avoir constaté  qu’il n’y avait aucun  autre moyen pacifique pour faire entendre nos revendication à la liberté. Des  organisations comme la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétiennes ) la CFTC , CGT ,toute une tendance de gauche de la SFIO qui, tout en étant au parti de Guy Mollet ,n’approuvait pas ou n’admettaient plus ,ce qui se passait chez nous.  Un peu plus tard, ces mêmes élément fondèrent un nouveau Parti ;le PSU. De plus en plus de français nous prêtaient attention y compris le MLF. Tous nous  invitaient à des séminaires portant sur des thèmes  qui parfois n’avaient rien à voir avec notre cause ,mais qui nous enrichissaient…Grâce à l’aide, entre autre de la CFTC ,des professeurs et autres spécialistes organisaient pour nos travailleurs ,de véritables cours qui constituaient un investissements à long terme. C’est lors de l’un de ces séminaires à Poitiers que je fis la connaissance de deux Algériens alors membres du comité d’entreprise chez Renault et membre de notre association. Après l’indépendance, l’un deviendra  membre de l’exécutif de l’UNPA (Union Nationale des Paysans Algérien )avant de devenir député pour le Constantinois. Il s’agit de Seddik Allaoua L’autre, sera secrétaire général de ministère puis ministre ,avant d’être  assassiné par les hordes intégristes .A Tlemcen,,sa ville natale, une université porte son nom...Il s’agit de Belkaid.

        

       A Marseille, c’est un ancien séminariste qui au dernier moment, n’entra pas dans les ordres  et se maria, qui m’hébergea Je ne me souviens plus de son nom,.Par contre ,j’ai en mémoire la colline qui surplombe Marseille ou il demeurait. .C’était une vieille maison basse, sans doute, du siècle dernier ,située route de la Visite. Parce que j’avais donné comme nom Salah, les deux fillettes de ce couple, m’appelaient « Salade »avec leur bel accent provençal qui résonne encore dans ma tête.,..

  Dans cette ville, celui qui se dévoua sans compter pour notre cause ,fut François, un prêtre ouvrier ,que je ne vis jamais en soutane .Il roulait toujours en moto, un engin qui servit très souvent au transport de journaux ou de tracts .Il m’invita parfois à passer des nuit chez des religieux du nom «  des frères de tézier ou tézé (je ne sais plus ) Là, j’appris à apprécier une bonne soupe au pistou agrémentée de  pilipili...(piment)  Un jour, en rentrant ,je trouvais le couple qui m’hébergeait ,très inquiets .Ils ne tenaient pas en place en se rendant compte des dangers qu’ils encouraient.. Si on les jetait en prison, qui s’occuperait de leur adorables petites de sept ou huit ans ?Leur crainte se justifiait par le fait qu’au bas de la colline ,en bordure de mer sur l’étang de Berre, à Mourpiane, un immense incendie, résultat d’un sabotage par le FLN  ,se  consumait les millions de barils d’hydrocarbure .Pour mettre à l’aise mes amis, je pris congé d’eux. Mon seul regret c’est de n’y être jamais retourné ,d’abord pour les saluer, ensuite, pour récupérer une valise bourrée de livres et journaux qui me tiennent à cœur. Je me souviens de »L’Algérie hors la loi » de Jhonson de «  25 années de lutte » de Habib Bourguiba, »,L’ Afrique du nord en marche « de Charles André Julien, « Contre la torture «  de P. H . Simon etc.. que  je regrette .Il y avait également des numéros de » La Résistance »

 Je fus ensuite hébergé chez  Ahmed ,dont l’épouse était Française,,celui là même que j’eu pour mission de  remplacer à Marseille. Il venait d’obtenir un logement dans une zone tranquille pleine de verdure. à l’abris des regards indiscrets..

Marseille, c’était un peu Alger la blanche, moins la guerre.. Cette ville captait le même soleil que celui qui rayonne sur » El BAHDJA «. Son port a toujours ouvert les  bras, aux arrivants des quatre coins du monde .Le Marseillais, c’est un brassage de blancs de noirs, de jaunes, aux mœurs et traditions diverses. Au pays de Marcel Pagnol, rien n’étonne, même quand on vous affirme qu’une sardine a bouché le port..

     Par rapport aux groupes de choc du FLN, je menais une vie plutôt calme, même si, en cas de rafle ,je me sentais aussi exposé. Je représentais une association légale ,mais, tout le monde savait que l’AGTA , c’était  le FLN,chargé d’une mission distincte .Cela ne m’empêcha de rencontrer parfois des frères comme Mohamed Boudia et d’autres. Arezki Boucheffa qui connaîtra les Bau mettes, m’affirmera, bien après l’indépendance, que l’on s’étaient rencontrés au cour de réunions, mais je ne m’en souviens plus .Par contre j’ai en mémoire ,un  des auteurs de l’attentat de Mourpiane C’était un Annabi (bonois) Une fois par mois, je me rendais par train à Paris faire mon rapport d’activité ;une routine.

  Un jour, alors que j’animais une assemblée de travailleurs Algériens, au siège Marseillais de la CFTC,un incident me rappela les mauvais souvenirs d’une époque récente à Boufarik..

Un homme en imperméable, lunettes noires, les mains dans les poches, arriva à l’improviste. Il y avait des sièges, mais il demeura debout à observer .Il pouvait être n’importe qui.. .Près de moi, Nehar, un membre de la direction de l’Amicale,  me dit, en chuchotant, qu’il s’agissait de « Si Ahmed en personne » entendez , le chef de la Wilaya. J’en pris acte, sans plus. A vrai dire, je n’avais pas apprécié cette intrusion que j’interprétais comme une forme de mépris vis-à-vis d’un représentant des travailleurs. La situation se gâta, lorsque ce responsable intervint ,sans invitation, comme si je n’existais pas. Il tenait des propos, dont je ne me souviens plus ,qui me parurent absurdes. Même s’il avait récité des paroles d’évangile ,je n’aurai pas aimé cette façon peu cavalière , de s’immiscer dans un domaine relevant de ma compétence..

      Face à mon courroux, il jugea bon, de me dire : »..Je crois que tu ne sais pas à qui tu parles. ?. » Je lui répondis que, quelque soit sa responsabilité ,il n’avait pas à s’immiscer dans mon travail sans au moins, me prévenir ni se présenter....Ma réaction inattendue, irrita Si Ahmed, sans doute peu habitué à voir contester son autorité. Malgré l’insistance, voir, les supplications de Nehar, je demeurai ferme sur mes positions. Après avoir libéré les travailleurs présents, une discussion orageuse se poursuivit durant plus d’une heure ,sans résultat. Nehar   déploya un trésor de diplomatie ,pour « arrondir les angles » pour une réconciliation, non sans donner raison ,arbitrairement, au «  grand chef ».Il lui demanda d’être  « indulgent ?  à mon égard !..;ce qui ne fit que m’irriter d’avantage. Si Ahmed me menaça .Selon lui, je ne devais mon salut, qu’à mon compagnon. .Dans le contexte de l’époque, ce n’était pas des paroles en l’air ..Depuis ,je ne revis plus ce responsable .Rabah Amroune et Tahar Arkoub, des anciens de la Fédération de France, ,m’apprendront plus tard que cet homme, se nommerait  Lattad. .Après l’indépendance ,il  serait devenu chef de daïra , dans une région de Kabylie.

Grâce à ce que j’avais vécu et à  mes nouvelles fréquentations, mon penchant confus, pour la cause ouvrière se précisa ,chaque jour d’avantage.       Dès cette époque ,je pris conscience de la nécessité de préparer l’après guerre ,afin que le fruit de l’inéluctable indépendance, que notre peuple payait au prix fort, en larme et en sang, ne soit pas confisqué par une bourgeoisie naissante Selon mes conclusions, il fallait aiguiser le sens critique des travailleurs et la prise de conscience de leur état d’exploités. Pas question de faire remplacer François par Mohamed !Ce qui jadis ,était confus dans ma tête, mes rencontres avec des intellectuels de hauts niveau ,la lecture d’ouvrages traitant des lutte sociales à travers le monde ,clarifièrent ma vision et renforcèrent mon engagement. Le colonialisme Français avait nivelé notre société par le bas. Contrairement à la Tunisie au Maroc , à l’Egypte et autres, ou survécut une bourgeoisie, voir une féodalité, chez nous ,l’occupant nous avait tellement paupérisé, que  dans notre société ,il n’y avait plus que des pauvres. A la veille de l’indépendance ,le plus nanti d’entre nous, procédait un café ,  un bain maures, ou bien trois hectares dans la Mitidja.. .Nous n’avions pas une véritable bourgeoisie, structurée, mais un embryon de petite bourgeoisie ,aux dents longues, qu’il fallait empêcher de dévoyer la Révolution. En écrivant « la Pièce d’Argent » avant l’indépendance, je n’avais pas manqué de souligner ce qui devenait pour moi, une obsession .

        Communiste ? Je ne l’ai jamais été, tout simplement par   fidélité  aux valeurs du FLN, que je voulais progressiste. Le FLN converti en Parti, démontra dès le début de l’indépendance ses orientations progressistes. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la chartes d’Alger ou la  charte Nationale de 1976.Le vrai problème, ce fut dans l’application.. et là ,c’est une autre histoire..

     Ce soir là, j’étais à Paris, étendu dans la chambre .Mon frère qui rentrait de son travail, me tendit ,sans un mot, »L’Echos d’Alger ».A la une, en gros titre triomphal, sous lequel  le portrait de mon ami Boualem Cherchalli, qu’ils venaient de tuer. Quelques jours plu tard ,des amis venus du pays, m’apprendront que durant toute une journée, le cadavre avait été exposé au public ,devant la mairie. Des pieds noirs zélés, éteignaient leurs  mégots, dans les yeux du mort ,en ricanant, sous le regard des  Musulmans, qui se gardaient de faire paraître sur leur visage ,le moindre  signe de désapprobation, pour des raisons que l’on devine .Une vieille dame voilée ,osa leur dire ..qu’il fallait faire cela quand il était vivant. !. Elle eut de la chance. Personne ne prêta attention à elle.

   Quand on  a le sentiment d’avoir tout perdu, que votre existence ne tient plus qu’au  un fil ténu qu’est la dignité et que celle-ci est bafouée ,la mort ne fait plus peur .Elle devient une alliée ,source de délivrance. Boualem était mort ;pas la Révolution ..

    Il faut croire que les mauvaises nouvelles s’étaient données le mot. L’AGTA fut dissoute .Ce qui ne changeait rien à nos activités déjà , semi clandestines. A Marseille, j’évitais le cour Belsuns et surtout la rue des Chapeliers, à cause des fréquent contrôles policiers. Ce jour là, rue du Paradis ,je tombais sur une brigade volante, qui ramassait tous les Algériens de passage . Ils recherchaient particulièrement ,les compatriotes sans fiches de paye ,parmi lesquels ,ils espéraient repérer des membres de groupes de choc, en général des permanents du FLN. La fédération de France avait réglé ce problème, en dotant ses militants de vrais faux papiers. Ce n’était pas mon cas. Par hasard, je me retrouvais dans la gueule du loup et me résignais à monter dans le panier à salade ,quand le flic claqua des mains ,me reprochant d’obstruer le passage.. »Circulez !..y a rien à voir !.. »C’est mon faciès qui me sauva..

Mon frère Djillali m’appela au téléphone, pour me demander de rentrer d’urgence, à Paris ou Aliouette, mon cousin agent de police ,était venu d’Algérie pour me parler. .Cela ne présageait rien de bon. Il avait été envoyé par ma mère , qui emprunta de l’argent,  afin de m’avertir ,avant que l’on ne m’arrête....Michel Robert qui fouilla de fond en comble notre maison,  fut enragé de savoir que. ...j’avais filé en France .A ma sœur Fatima qui devait avoir dix sept ans et qui avait affiché une expression hostile, il exigea qu’elle se mette à poil, afin de l’humilier.

   Je pris derechef ma valise ,pour la gare du Nord, afin de prendre le train pour la RFA. Ali m’accompagna jusqu’au  wagon ou je devais prendre place. Au moment ou l’on allait se dire adieu,,un ouvrier en salopette, vint vers nous .. »Police !vos papiers Svp !Les menottes étaient déjà prêtes. C’est ainsi que je me retrouvais avec mon cousin, dans une  traction de la police banalisée..

Mon cousin se mit à protester en leur exhibant sa carte professionnelle, c’était un gardien de la paix;leur collègue !?Jouant comme d’habitude, aux innocents, je me mis à le calmer, en lui disant qu’il ne fallait pas s’inquiéter que ,par ces temps ,c’était normal, le contrôle.. qu’il nous relâcheraient tout à l’heure ?Tant pis pour le temps perdu.. A ces mots, l’homme assis à l’avant, près du chauffeur ,se retourna. Après m’avoir toisé, du bout des doigts, il frappa sur sa joue gonflée en  disant .   ahki ahki ;.itobtob !..Le salopard parlait arabe !..

   Je fus enfermé dans un commissariat du faubourg saint honoré, alors que mon cousin, était relâché .Je me demande quelle explication, il avait donné à Boufarik, pour justifier sa présence avec moi… .à moins que les policiers Parisiens, n’aient pas jugé bon de signaler ce « détail » à leur collègues d’Algérie…De toute façon, je ne revis plus jamais mon cousin pour avoir une explication, puisqu’ après le cessez le feu,il fut exécuté par les patriotes de la onzième heure. .Il laissa deux superbes jumelles, une est femme au foyer mariée au fils de Dahmoun, l’ex footballeur chahid, déjà cité. L’autre est médecin mariée à un autre médecin...

     Durant trois jours, je fus soumis à un interrogatoire, tout à fait normal,.A ma grande stupéfaction ,ils utilisèrent des moyens de persuasion de gens civilisés .Alors que je m’attendais au pire, ces gens, ne me tutoyaient même pas !Ils appelèrent un garçon de restaurant, pour me permettre de commander à manger. Je me souviens du nom de l’un de ces policiers en civil, monsieur Demoiselle.. Me prenaient il pour un « gros poisson ? C’est ce que je suppose C’est d’autant plus vraisemblable que j’avais un peu plus d’un demi million de francs sur moi.. Pour ma défense, j’avais simplement dit la vérité.. pas toute entière. .Je reconnu que j’étais responsable permanent de l’AGTA   ,une association légale de 1901,mais que j’avais cessé toute activité depuis sa dissolution .Qui était mon responsable ?Et bien Boudissa que je savais en Tunisie ,pour m’avoir averti non sans me laisser son adresse à Tunis. .A cette version claire comme l’eau de roche, les policiers me dirent qu’il valait mieux pour moi « d’avouer » (avouer quoi ? )afin qu’ils puissent m’inculper ici .Dans le cas contraire ,ils allaient « m’expédier » en Algérie ou je devais savoir ? ce qui m’attendait.. J’étais tellement crispé , que je ne pus toucher à la nourriture que m’apporta le restaurateur et que j’envoyais à une jeune  dame Algérienne , que j’entrevis dans une cellule. D’après sa tenue sobre et son allure, je fus convaincu qu’il s’agissait d’une militante.

          Le deuxième jour, un compatriote arriva dans ma cellule,.Il se plaignit d’avoir été trahi, par un autre militant.. »Toi au moins, tu es là parce que ,tu te bas pour la cause, ce n’est pas comme le crétin que je suis  qui n’a jamais fait de politique ;résultat je  me retrouver quand même en tôle.. » En fait, dès  son arrivée de ce jeune homme, la trentaine, m’intrigua .On ne lui avait enlevé ni les lacets de chaussures, ni la ceinture. .ce qui était un indice. .Il resta deux ou trois heures en ma compagnie, puis on vint le chercher..

     D’un instant à l’autre ,je m’attendais à mon transfert vers le pays ,que j’appréhendais beaucoup. Les policier vinrent me dire.. Que j’étais libre !?. .Je n’en crus pas mes oreilles ; mais je fis comme s’il y allait de soit..

         Dès ma sortie, je pris contact avec Djillali perruche ,à qui je remis les cinq cent milles francs en ma possession et lui fit part de ma décision  de partir immédiatement, pour Tunis via l’Allemagne. Un militant vint nous prévenir de la présence d’un « serpent » (flic) qui rodait devant l’hôtel. .Je sortis faire un tour .Effectivement, j’étais suivi. .Aussi culotté que d’habitude   ,je me rendis au commissariat , pour exprimer ma surprise d’être filé, cela prouvait que l’on ne croyait pas en mon innocence, protestai je .L’inspecteur fit des yeux rond , affectant la surprise et me promit de faire le nécessaire pour que l’on mette un terme à cette filature. Il n’en fut rien. J’étais toujours suivi. .A force de mener une vie clandestine ,on acquiert de l’expérience en matière de vigilance. Exemple :Pour  savoir si on est suivi,,ne jamais se retourner brusquement comme un voleur aux aguets .On fait tomber une clefs ,un mouchoir ou autre objet .On se retourne pour le ramasser en jetant un coup d’œil furtif .On peut également vérifier à travers les reflets de vitrines. .L’important, c’est de ne pas montrer que l’on soupçonne une présence..

  Le même jour ,je décidais de ne  prendre aucun bagage afin de ne pas attirer l’attention. Je pris une ligne de métro ,qui passait par la gare du Nord. Le flic  m’observait discrètement devant une sortie ,alors que j’étais debout devant l’autre porte ? l’air plongé dans la lecture d’un journal .Je connaissais bien le métro .Il ne démarrait pas avant un coup de sifflet de l’arrière. En une fraction de seconde , les portes  hydrauliques se referment .A la station « gare du nord « ,c’est en ce bref instant ,entre le coup de sifflet et la fermeture que je me précipitais vers l’extérieure, laissant le policier enfermé  telle une souris prise au piège…

        Je pris immédiatement le train pour la République Fédérale Allemande, via Jeumont et Aachen,(ex La Capelle ).Dans le train j’avais expliqué à un Allemand quadragénaire ,que j’étais Algérien, que j’avais fui la France  et je me demandais comment j’allais faire Cet inconnu qui parlait Français me griffonna au crayon sur une enveloppe blanche, une recommandation en Allemand  , que je conserve à ce jour, comme un précieux souvenir. Grâce à ce bout de papier une heure après mon arrivée à Essen, dans la Ruhr ,je me présentais dans une usine, ce papier en main et  trouvais un job ..On me montra une auberge de jeunesse gérée par des catholiques (kolpenghaus) ou je fus momentanément hébergé. Il commençait à faire froid. J’avais un gros trou dans ma chaussure que je camouflais, avec du carton, en attendant la paye. Je n’avais que 7 ou 8000 francs (anciens) en poche, pour tenir le coup.   .Je prévins par courrier, mon ami Boudissa à Tunis, afin que je le rejoigne.  J’étais là provisoirement ; un provisoire qui dura jusqu’à l’indépendance..

          A Essen ,il y avait peu d’émigrés. Partout, des bâtiments en ruine, séquelles de la guerre ,a peine masqués par des herbes folles .Dans ce pays ,la grande religion, c’est le travail .Je fus époustouflé de découvrir de charmantes dames, à la fleur de l’age ,manier allègrement la pelle, pour charger des gravats, dans les camions des services de voirie. . Contrairement à la France ou l’Angleterre par exemple ,ce pays s’est reconstruit d’abord et avant tout ,par la force du poignet ,de son peuple. C’est la fierté des Allemands et ils s’en vantaient.« Les Français travaillent pour vivre…Nous, nous vivons pour travailler.. «  me dira, ein deutsche camarade. A la question ;qui avait raison ,des français ou des l’Allemands ?,Par courtoisie ,je préférais  m’abstenir de me prononcer..

         Je me souviens de mes premiers contacts avec les agent de police Allemands, habillés en vert, comme nos gendarmes actuels. Avant de répondre à ma demande de renseignement, ,ils me saluaient, les bonhommes !Cela peut aujourd’hui paraître ridicule de souligner une attitude banale d’un fonctionnaire de police  ..et pourtant, mon cœur battait fort, suite à un mélange de fierté et d’appréhension .J’avais l’impression de jouir des premiers signes de considération vis-à-vis d’un citoyen libre… En ce temps, la  RFA,n’avait pas encore importé massivement de la main d’œuvre Grecque et Turc .Dès la première semaine de mon embauche ,je fus invité par la famille de la secrétaire de direction. Sur les guerres, le beau père de la jeune femme, en savait long. .Le chancelier Conrad Adhnauer était solidaire avec les gouvernants Français ,mais la majorité du petit peuple, que je côtoyais en RFA ,désapprouvait ce que la France coloniale ,nous faisait subir. Dans ce pays ,je me sentais gâté.

  En général ,les militants structurés  se rendaient directement à Bonn, Badgodesberg, ou le FLN,les envoyait en Tunisie ou au Maroc. C’était « le docteur Antonio » (Bouatoura) qui  s’en chargeait. Les autres, non structurés au sein du front, se débrouillaient seuls. Ce fut mon cas.

        Le travail ne manquait pas et l’accueil chaleureux. Dès la première semaine de mon séjour en RFA,qu’elle fut ma joie de rencontrer un compatriote ! C’était à Essen Kray. Cela faisait plus de six mois, qu’il était là .Il savait déjà s’exprimer en Allemand. Je comptais bien profiter de ses conseils… Au premier café pris ensemble, le charme fut rompu… »Si tu veux être bien vu ici, » me confiera t il, avec assurance, »..Ne fréquente pas les spaghettis (les Italiens)..ils les détestent.. »

     Plusieurs Allemands me tiendront à peu près ce langage. .Ils accusaient les Italiens, d’être… » des voleurs… Pour un rien, il jouent du couteau.. », C’était  les mêmes propos ,que tenaient certains français, à notre sujet.. Beaucoup d’Allemands en voulaient aux Italiens ,à cause du retournement d’alliance de l’Italie ,à l’approche de la fin de la guerre. Il y avait aussi le fait, que par le passé,  ce pays avait déjà accueilli, un gros contingents de travailleurs italiens.

  Je fus tellement écœuré par le langage de mon compatriote, que je ne sus quoi lui répondre. Je ne le revis plus jamais…

   Dès mon adolescence, j’avais grandi sous le matraquage médiatique permanent contre les Allemands (les boches.)..Dans les livres ,les journaux, au cinéma, partout ,on présentait tous  les allemands, comme des tortionnaires. Le choc avec la réalité ,me fut bénéfique .Les préjugés ? quel connerie !..Les dames chez qui je vécus en pension à Duisburg ,à Duseldorf ,à  Cologne, me dorlotaient comme si j’étais leur propre fils. J’ai une pensée toute particulière à frau Robens de Dortmund qui me chouchoutait, à frau  Héring d’Essen ,ainsi qu’a son époux, un syndicaliste de la DGB ,pour l’attention particulière dont je fus l’objet. Au risque de paraître ridicule en jouant au « moraliste »ou en paternaliste, en répétant une « Lapalissade »j’affirme sur la base de mon expérience vécue, que, quelque soit la terre ou l’on vit ,les hommes peuvent être bons comme le pain ,et fraternels ,lorsque les conditions sont propices .Mais en chacun de nous sommeille la bête immonde qu’est le fanatisme et ses dérivés comme la xénophobie ,le racisme ,et l’intolérance. Les victimes d’un moment de l’histoire, peuvent devenir de cruels bourreaux.. Les exemples ne manquent pas…

   Dès mes premières semaines en RFA,je fis la conquête de Ilse qui devait avoir 18 ans et travaillait à l’auberge Catholique ou j’avais élu domicile. C’était une orpheline dont le père un ancien marchant de glace, perdit la vie en Italie, durant la guerre .Avant même que je n’apprenne un traître mot d’Allemand, seulement par un échange de regard, nous nous parlions, nous nous comprenions..

     Je me souviens de cette nuit ou nous étions enlacés à demi nus dans une vieille usine  de Krupp, en ruine. Alors que nous étions en plein ébat ,j’aperçu  caché à une trentaine de mètres un voyeur qui nous épiait.. de derrière un arbre. Pour ne pas effaroucher ma partenaire, je lui dis sur un ton neutre mais ferme ,de se s’habiller alors que j’en faisais autant.. Alors que nous quittions le terrain vague, l’ombre nous suivit. Une fois le grillage escaladé, juste en face de l’arrêt du tramway ,je m ‘enhardissais  pour attendre le curieux... Afin de l’intimider ,je mis ma main dans la poche en jurant en Arabe. .L’homme stoppa.. Ce n’est qu’à son départ que je dis à celle qui  deviendra ma première épouse, ce qui était arrivé.. J’adorais Ilse. Cela ne m’empêchait pas de « cavaler »..J’étais insatiable.. une sale habitude, de l’inconscience.. Les dames chez qui je logeais, ne voyaient aucun inconvénéant à ce que je ramène « ma fiancé » dans ma chambre. Mais lorsqu’elles remarquaient une autre fille, elle me le reprochaient ..Nein  ,nein ,Mohamed das ist unmoeglich !..Par contre ,une dont je ne citerai pas le nom ,riait à se nouer les tripes, trouvant cela amusant, en m’attribuant des mœurs  polygames «  Arabes ! »,..

   Après avoir vainement attendu une réponse de Tunisie, je finis par me résigner à m’installer en RFA. Dès les  premiers jours ,un militant de base me repéra pour la cotisation .Je lui répondis sincèrement ,que démuni pour l’instant, c’était moi qui avait besoin de soutien..Il fit  un rapport à son supérieur ,un certain Brahim, m’attribuant une version belliqueuse. Résultat : Ce responsable, me convoqua dans son bureau .Il s’adressa à moi comme un caïd vis-à-vis de ses sbires.. »Aya ya si. !.alors monsieur  voudrait que ce soit le FLN,qui l’entretienne, ?..rien que ça !.. »..Mon interlocuteur était le représentant du FLN et le Front pour moi c’était l’autorité Algérienne ,à mes yeux sacrée .Quoi lui répondre ?En tant qu’homme j’avais envie de le tuer. Comme représentant de la Révolution silence !,je n’avais rien à dire. La rage contenue était tellement forte que je me mis à pleurer. .Par discipline ,dès qu’il me fut possible ,c’est moi qui recherchait le préposé , pour lui remettre la cotisation ,en attendant la réponse de Safi Boudissa, qui n’arrivait toujours pas. C’est ainsi que dans l’attente, je décidais une autre forme de militantisme.. :Ecrire un livre..

        Voici, quelques extraits révélateurs, en annexe  de l’édition Algérienne de « La Pièce D’Argent » publié en 1987, dans quelle, j’expliquais dans quelle condition, j’avais concrétisé mon projet. :

                                                     L’accouchement

 

Comme une femme en état de grossesse, je sentais en moi ce roman .Il  ne pouvait en être autrement, il fallait, je devais accoucher de « La Pièce d’Argent ».

L’idée m’en était venue en 1958 à Paris. Permanent du FLN circulant sans fiche de paie donc, suspect pour la police, je m’étais réfugié chez Gisèle, une femme à journée.

Elle travaillait et logeait dans le VIII ème arrondissement, un quartier huppé, chez une baronne Russe. Un jour, pour me faire passer  le temps en attendant son retour, elle me rapporta un livre écrit par sa patronne.

Mon amie admirait le style grandiloquent, celui de « la haute ».Pour ma part, après avoir parcouru les quelques 200 pages, je n’en retins rien L’auteur n’avait rien à dire et moi qui avait tant sur le cœur, je ne pouvais l’exprimer simplement, pensai je alors, parce que je n’appartenais pas à cette classe de grands esprits : les ECRIVAINS.

La lecture de ce mauvais roman me fit changer d’avis .Puisque la société est  ainsi faite, tant pis, me suis-je dit, j’écrirai pour moi, pour le plaisir de me relire…Mais peut on rédiger lorsqu’on est mobilisé pour la cause nationale, lorsqu’on est constamment pourchassé par la « flicaille » ?

Mon livre demeura donc en gestation jusqu’au jour ou, repéré, je dus quitter précipitamment la France pour la RFA d’ou je devais regagner Tunis.

L’attente fut longue, alors que j’étais dans un pays dont je ne comprenais pas la langue .Il en résultat une sorte d’isolement propice à l’écriture.

Je logeais dans une auberge de jeunesse catholique d’Essen, dans la Rhur .Les quelques compatriotes qui me surprirent à « sécher » devant une feuille blanche se mirent à ironiser sur mon compte, moi un ouvrier qui n’avait que le certificat d’étude, écrire ?..J’étais libre de faire ce que bon me semblait mais, pour ces « frères de misère », j’étais classé, un prétentieux lunatique n’ayant pas les pieds sur terre…

Le premier qui eut le bon sens de ne pas sursauter, trouvant cela naturel, ce fut un jeune Suisse qui, à l’époque devait avoir 20 à 25 ans. Membre de la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne), il était en Allemagne pour achever ses études tout en travaillant en usine. Près de 30 ans après, j’ignore s’il est toujours en vie, ce qu’il est devenu, mais je lui dis merci YVES DEMIERE, toi dont l’encouragement sans préjugés a été pour moi un précieux réconfort.

Après la lecture du premier chapitre, YVES et son compatriote du meme age me harcelèrent. Chaque matin, chaque soir, ils me questionnaient sur mes personnages Que devient Rachid ? Ou en est Boualem ?et Si Chérif, et Mouni ? Cette curiosité était  le meilleur compliment, elle me comblait de joie et.. Quel stimulant pour achever mon œuvre !

Mon roman commençait par la devise Française ,LIBERTE ,EGALIT,FRATERNITE.Mon intention était de démontrer que par cette guerre qu’elle menait contre notre peuple,qui lui,luttait pour s’affranchir du joug colonial,la France contredisait les grands principes de 1789 qui lui donnèrent un rayonnement universel.

 

Dans mon histoire, le fil conducteur était une pièce de dix francs .Mon livre s’achevait sur l’image de la pièce tachée du sang d’un martyr (Boualem) dans la main de Zineb (son épouse).Le revers  portait gravé : liberté, égalité, fraternité. Cela se passait de commentaires .C’est pour cette raison que je décidais d’intituler mon roman « La Pièce d’Argent » C’état là un titre »plat », pas du tout sensationnel, mais qu’importe, puisque je ne visais aucun but lucratif.

Un homme maîtrisant la langue française n’aurait meme pas osé montrer un manuscrit avec autant de fautes, répétition, trivialité, terme argotiques, fautes d’orthographe…Et pourtant j’avais confiance. J’avais la certitude d’avoir écrit un roman digne d’intérêt dont on se souviendrait bien après ma mort. Mes  propres illusions m’aidèrent à persévérer. Ignorant tout du monde de l’édition, je croyais que dès qu’un auteur franchissait le seuil d’une maison, l’éditeur se précipitait fébrilement sur son manuscrit alors que le romancier ne remettait son ouvrage que sous condition…

Je devais apprendre en cette circonstance qu’à moins d’avoir déjà un « NOM », il fallait attendre des mois, voir, des années pour que le lecteur, un professionnel lise votre œuvre. Dans bien des cas, l’éditeur se permet de couper ou d’ajouter en fonction de la demande, pis, parfois il s’attaque au fond, changeant le sens de l’ouvrage avant de l’accepter.

Courant eux meme des risques financiers évidents, certains éditeurs imposent des conditions qui, par moment, frisent l’exploitation.

A Cologne, j’avais vainement tenté ma chance auprès d’un « Verlag ».J’étais en Allemagne et  «  La Pièce d’Argent » était écrite dans la langue de voltaire. La France ? Pas question puisque j’y étais recherché. J’écrivis à  monsieur ClAUDE  BOURDET, cet ancien résistant que tous les militants FLN respectaient pour ses positions en faveur de notre juste cause (voir Français Observateur).Dans sa réponse du 13 octobre 1959,celuici me proposa de lui envoyer le manuscrit par voie postale, en recommandé. Or, je n’avais qu’un seul exemplaire. Autant demander à une mère de laisser son bébé  prendre seul le train pour traverser une frontière hostile.

En renonçant à la France, il ne me restait plus que deux pays francophones, à portée de mes moyens. La Suisse ou la Belgique. J’ignorais tout de l’Helvétie alors que je connaissais Bruxelles, siège de la C.I.S.L (Confédération Internationale des Syndicats Libres) à laquelle était affiliée notre amicale l’AGTA)

Malgré mes moyens limités je m’aventurai donc vers la capitale Belge. Je dus paraître bien bizarre à la secrétaire de la confédération qui se voyait sollicitée pour l’édition d’un roman…Sincère ou pour se débarrasser de moi, avec courtoisie, elle m’orienta vers les journaux et je suivis docilement ses conseils.

Au préalable, je fis le tour des kiosques pour m’approvisionner en publications afin de sélectionner « au pif »l’organe d’information dont les positions n’étaient pas hostiles à notre cause, donc apte à répondre à mes vœux.

Au journal « Le Peuple », un quotidien Bruxellois, l’appariteur m’orienta vers le critique littéraire, un barbu d’une trentaine d’années.     Cet homme d’ou la bonté jaillissait naturellement des traits de son visage, voulut dès le départ, me préserver des effets d’une éventuelle désillusion. »..Donnez moi deux jours, me dit il, si votre livre est mauvais, je serais franc ». Je ne demandais pas mieux.

Durant les 48 heures qui suivirent ,je vécus sur des braises. Mon état était bien pire que celui d’ un candidat studieux, attendant le résultat du  Bac.

Le moment venu, je n’osais pas franchir le seuil de ce journal ou j’imaginais mon interlocuteur l’air désolé, me tendre mon manuscrit….Pour amortir le choc, je choisis le téléphone :

-Allo ! Passez moi la rubrique culturelle ;monsieur De Swaf s’il vous plait !

Les quelques minutes d’attente furent insoutenables tellement j’avais hate d’en finir…Vivement la sentence !

-Allo, c’est toi Mohamed ?Viens vite !

Paul était enthousiaste .A croire qu’il avait découvert une mine d’or. De ma vie ,jamais je n’oublierai le chaleureux accueil de cet homme Il téléphona à un autre journaliste du « Soir ».Celui ci lut à son tour « LA Pièce d’Argent » et mon ouvrage me fit gagner le plus riche des trésors :deux précieux amis.

«  Ecrire « mort fine » pour « morphine » et ça se prétend romancier ? me dira Marcel, »ce n »est pas croyable !  «

Plus expérimentés que moi, mes nouveaux amis dressèrent un plan d’attaque.

Primo : il fallait faire taper le texte à la machine en plusieurs exemplaires .Ils se cotisèrent pour payer la secrétaire.

Je réclamais un exemplaire et demandai à mes nouveaux amis, de ne faire  aucune démarche tant que je n’avais pas l’aval du FLN.C’était là une réaction naturelle pour un militant discipliné. Mon livre décrivait la vie en Algérie quelques années avant  Novembre 54,durant la guerre et le pays était encore en lutte….

     Rencontrer un haut responsable du FLN n’était pas une mince affaire ,meme pour un autre militant. En RFA,l’ Algérie  ne manquait  pas d’amis .Les uns ,surtout en milieux chrétiens ou syndicalistes (DGB) étaient sincères alors que d’autres n’affichaient de sympathie qu’en guise d’investissement à long terme. N’oublions pas que le chef d’Etat      de l’époque, Konrad Adnauwer, soutint financièrement, notamment dans le cadre de l’OTAN,la guerre  d’Algérie que menait le colonialisme français contre nous.

Le fait est que les Algériens recevaient bon accueil en RFA et que nous serions ingrats de ne pas le reconnaître. Cela n’excluait pas la vigilance, car les services spéciaux français aussi avaient leurs entrées dans ce pays.

«  Malek » avait été désigné en remplacement du frère Ait Ahcène assassiné par la main rouge(branche des services secrets Français).Le bureau du FLN était au siège de l’AMBASSADE DE Tunisie à Bad Godes Berg ,près de Bonn. Pour rejoindre Malek,c’était toute une histoire. Il fallait passer par le »docteur Alberto » (Bouatoura).Ce dernier s’occupait de différentes taches ,notamment celle de prendre en charge les militants « brûlés » en transit pour la Tunisie ou le Maroc.

Pour atteindre ce responsable ,il me fallait une journée de voyage et le ne le trouvais au rendez vous fixé en commun ,qu’une fois sur cinq. A ce jour, j’ignore si les « faux bons «  étaient dus à de la négligence ou de la vigilance en matière de sécurité…Mais en ces temps là, je me préoccupais surtout du coût des consommations, incompatibles avec mon faible budget..

Malek n’est autre que Hafid Kerramane. Depuis cette époque, je ne le revis qu’en Décembre 1981,lors du congrès du FLN  ou nous étions tous deux délégués.

Jadis c’était un bel homme que l’on aurait facilement pris pour un dandy plutôt qu’un responsable »fellagas ».Comme nous tous, il a subi les effets du temps. Ses cheveux sont grisonnants.

Il m’apprit qu’il était ambassadeur d’Algérie au Japon.

Après avoir remis mon manuscrit au frère Malek, je dus attendre plus d’un an pour savoir si la fédération allait se charger de l’édition…pas de réponse .Dès lors, je donnais le feu vert à mes amis Belges pour faire intéresser un éditeur. Mes chances étaient grandes car ,n’oublions pas que les éditeurs sont très attentifs aux arguments des journalistes, particulièrement les critiques littéraires. Ces derniers pouvaient en effet lancer une œuvre ou la faire sombrer dans l’anonymat.

Durant la meme période l’Algérie en guerre continuait à défrayer la chronique internationale ce qui, du point de vue commercial, constituait un avantage que n’ignorait aucun éditeur soucieux de rentabilité.

Malgré ces atouts ,les publicistes tenaient compte du courroux éventuel du gouvernement Français et des menaces des organisations de droite contre ceux qui manifestent des tendances amicales à l’égard de »l’Algérie non Française.. ».Mais pour franchir ces obstacles, mes amis belges étaient disponibles. Des lettres furent envoyées aux éditeurs. Celles ci ne tardèrent pas à avoir de l’effet. L’un d’eux ,se proposa.

…et voilà que Mohamed Arabdiou, dont le seul diplôme était un malheureux certificat d’études primaires ,n’ayant appris à manier le français que grâce à la lecture effrénée de journaux et autres tracts, se permet de faire la fine bouche et à poser des conditions pour la publication de son roman. !

1°)Pas de correction par l’éditeur ,les fautes d’orthographe ayant été éliminées par mes amis.

2°)Je rêvais de réaliser tôt ou tard un film à tirer de mon roman, je tenais donc à conserver mon droit total d’adaptation.

A part cela ,j’étais près à toutes les concessions.

…L’édition de mon livre me donna le sentiment de devenir « quelqu’un » .Du coup ,je pensais que ma tenue perpétuellement débrayée ,n’était plus de mise. Heureusement ,je venais d’acheter une belle veste et un pantalon assorti qui me permirent, le jour venu, d’ètre présentable..

Je me souviens encore de l’entrée de l’établissement ou se déroula la réception. Depuis le trottoir, elle était couverte d’un tapis rouge. Les tables étaient bien garnies. Cette ambiance était fort impressionnante pour le jeune Algérien encore colonisé. Je fis quand meme l’effort pour ne pas perdre contenance. Des reporters me mitraillèrent de leurs appareils .Leurs flashs m’éblouirent..

En fait, les grandes vedettes de cette soirée, c’étaient les journalistes invités pour la circonstance…Là ,je me rendis compte de l’importance des hommes des médias, ces journalistes !Tout  avait l’air de se faire pour leur plaire…je n’étais qu’un prétexte pour les courtiser..

Décrire l’émotion avec laquelle je découvris le premier exemplaire imprimé de « la Pièce d’Argent » risque de me faire verser dans le « mélo ».Sur la couverture était gravée en rouge les nom et prénom .Mon  portrait était reproduit au verso de l’ouvrage..

En RFA,je remis 300 exemplaires aux frères qui les dispatchèrent a travers les cellules du FLN.C’était en février 1962.Quelques semaines après ,ce fut le 19 Mars.. »Adieu veau vache cochon couvée.. »Déjà, on ne trouvait plus personne habilitée à régler mon problème .Mais que pouvaient peser 300.000 F.F devant la nouvelle explosive que constituait la signature des accords d’Evian, concernant l’indépendance Nationale de mon pays ?  Tahya el djazair !.l’argent je m’en fichais…ce n’était pas l’avis de l’éditeur.

Peu de temps auparavant ,je lui avais transmis 10.000 francs belges correspondant au prix de la première centaine d’exemplaires vendus .Pour le reste, adios !..

Malek fut remplacé par  Bachi Boumaza (futur président du Sénat) qui venait de s’évader de prison en se déguisant en gardien. Il en était sorti tranquillement ,mêlé au public..

A la lecture de « La Pièce d’Argent »,le frère Bachir fut très enthousiaste mais ensuite, il me réprimanda. »Une œuvre pareille ,me dira t il, la faire paraître à Bruxelles, c’était la dévaloriser.. »En effet, les ouvrages en langue française ,meme d’origine belge ou autre, se publiait à Paris.. »Si j’avais eu le manuscrit, ajouta il ,je l’aurai fait préfacer par Jean Paul Sartre ,il aurait connu autant de succès que « la question » d’Hentri Alleg. «  Avec des  Si pensai je alors, que ne peut on faire ! »

J’expliquais à Bachir mon désir de réaliser un film. Mon idée lui plut .Il me promit une rencontre avec George Arnaud, journaliste bien connu, auteur du scénario « le salaire de la peur ».Nous devions nous rencontrer à Friebourg.  Mais entre temps ,les évènements se précipitèrent .Le frère Bachir me demanda un rapport sur la procédure que j’avais suivi ..un rapport que je rédigeais hâtivement et sans conviction, en sachant très bien qu’il ne pouvait avoir d’effet. pour cause, vive l’Algérie indépendante !

La critique belge fut très favorable à mon roman. Hélas, mon inexpérience et peut-être l’habitude du travail clandestin qui se transforma en réflexe, m’amenèrent à ne rien garder après lecture ,à tout détruire ..Ce n’est que tardivement que je m’efforçai de récupérer quelques articles. Un « papier » parut tellement bien qu’il fut publié sur la jaquette en guise de présentation.

Les accords d’Evian n’apportèrent pas la paix puisqu’ils firent déchaîner l’OAS contre la population Algérienne consacrant le divorce entre les deux communautés. Pour notre peuple ,le principal avantage était d’ordre moral. Qu’on imagine une cocotte minute comprimée sous le feu ardent de la répression ,puis la brèche qui provoque l’explosion. .Phénomène significatif ,des harkis notoires se mirent à se rendre massivement non sans déployer un zèle dont seuls sont capables, les combattants de la onzième heure..

A cette époque, la critique littéraire qui me fit le plus chaud au cœur, ce fut sans conteste celle « d’ElMoudjahid «  l’ hebdomadaire et organe central du FLN,imprimé jadis en Jogoslavie et publié  en Tunisie. Voici son contenu :

 

« La Pièce d’Argent »,la petite pièce de 10 francs sur laquelle se lit la devise fameuse « liberté, égalité fraternité »,Boualem l’a gardé en souvenir du jour de misère ou son fils la trouva dans la rue, et Zineb, sa femme, la reprendra sur le cadavre plein de sang et de boue qu’exhiberont les chacals de la pacification, le cadavre de BOUALEM chef politico militaire régional. Image d’une fidélité, symbole d’une confiance que Boualem dela grève avortée au maquis a juré a son peuple. Et avec lui Mohamed Arabdiou ouvrier militant qui, dans ce livre, dit comme il parle, ce qu’il a vu, ce qu’il sait des hommes de son pays ,de ses frères, comme ils ont vécu ,comme ils sont morts, parce qu’ils voulaient vivre autrement.

Encore un livre sur la guerre ?Oui, mais « La Pièce D’Argent «  dans la vaste bibliothèque née de 54,résiste à l’étiquetage .Arabdiou ,c’est une espèce de Douanier Rousseau qui aurait troqué ses couleurs contre de l’encre ,sans rien perdre de sa fraîcheur directe et de son réalisme .La bonhomie des dimanches banlieusards a cédé la place aux jours d’angoisse et de courage du bled Algérien et la noce à la campagne »devient le bal parisien des Nord’AF .Sans grincement, ni amertume ,sans fatalisme non plus.

Un roman ? C’est si peu composé, si mal écrit…Un témoignage ?Mais les lieux et les hommes ne disent pas leur nom. Un dossier ?Moins encore : Celui là est instruit depuis longtemps. On a parlé de film :peut etre,eu égard à la technique qui fait penser à des flashs successifs ,mais sans les portraits ,ni les images auxquelles ARABDIOU ne s’arrête guère .Il sait trop que les gestes qu’il saisit comme  au vol ,n’ont pas besoin de support, qu’ils sont à tout le monde ,d’existence quotidienne et de vérité. Tableau de mœurs ?Si l’on veut, mais c’est aussi une histoire ou l’amour de loin l’emporter sur la haine, car le regard s’adresse à l’essentiel et les protagonistes sont vivants ,de chair et de pensée exactes C’est à dire ni noirs ni blancs ,ni petit ni grands, couleur d’hommes .Avec un peu d’épique et de dérisoire ,sur l’arrière plan d’un choix jamais remis en question parce qu’il est celui de la plus juste cause, avec beaucoup de tendresse ,le récit suscite et maintient l’émotion. Et Arabdiou a évité ce piège de la maladresse qu’est le facile mélo, parce qu’il est lucide et conscient, comme un travailleur  ,comme un homme du peuple, comme un authentique militant.

L’algérie dit on manque de cadres ? La Pièce d’Argent » vient à point rappeler aux obsédés de diplômes et aux maniaques qui confondent systématiquement la Révolution avec le baccalauréat (afin de mieux l’enterrer ?) qu’il y a aussi quelques milliers d’ARABDIOU,tout prêtsn’en doutons pas, à prendredu service. »

 

En Juillet 1962,je regagnais Alger et rencontrais le frère Salah Louanchi chargé de préparer un nouveau journal quotidien. Noël  Favrelière un « para » artiste peintre ,qui déserta l’armée colonialiste en libérant un moudjahid (voir son  livre, désert à l’aube) dessinait le titre intitulé « Le Peuple ».Du coup je lui  proposais un exemplaire du « Peuple « Bruxellois en guise de modèle pour inspiration..Salah me promit de m’engager comme journaliste mais Henri Alleg le devança..

 

            Lors du cessez le feu,le 19 Mars 62,tout le monde chantait et dansait .Ma première réaction fut de prendre le train pour Cologne pour voir ce Brahim et lui rentrer dedans, sans qu’il comprenne les raisons de mon coup de poing .Les hommes présent se précipitèrent pour me ceinturer. Quelqu’un me sauva du massacre, en leur disant. . »..Arrêtez ne le frappez pas ,c’est un écrivain Algérien !…Cet homme avait sans doute lu « La Pièce d’Argent » qui venait d’être distribuée par la filière FLN. Je n’étais qu’un modeste auteur  et cet homme me traitait  « D’écrivain »..C’était beau à entendre…

 


 

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