Au fil des jours.. Une vie..
Deuxième partie
Un matin, alors que nous étions repliés dans un coin tranquille, derrière les rochers ,près d’un ravin boisé, des roquettes se mirent à pleuvoir sur nos têtes. C’était un exercice de tir de l’armée française. Personne ne s’en inquiéta.. Sous le sifflement et les explosions des roquettes qui allaient d’un flanc de la montagne à l’autre ,ils trouvaient le moyen de dormir à 200 mètres, des positions ennemies, !..mes compagnons ; pas moi..
Une fois , alors que nous faisions la sieste près d’une source, juste en amont de Ferroukha, un moussebel vint sur la pointe des pieds, prendre nos armes, déposés prés de nos têtes. Il se mit ensuite à hurler. Nous eûmes très peur. C’était là une blague ,qui constituait une leçon Et si c’était l’ennemi ?..
Lors de mon premier séjour en montagne, j’avais failli me casser les reins. J’étais en mocassins de Paris ,à marcher la nuit, sur des sentiers, au flanc des djebels. Et voilà que je glissais. Si un buisson ne m’avait pas retenu, je me demande jusqu’où j’aurais dégringolé… Instruit par cet incident, je mis de coté une paire de pataugas ,que je gardais en permanence ,dans un refuge ,en montagne, à Sid-El-Mahdi. Bien souvent, des combattants mal chaussés, la prenaient , m’obligeant à ramener une autre. J’avais également laissé une djellaba, (cachabia) mais un soir, je rencontrais un groupe de Boufarikois, des nouvelles recrues, en partance vers d’autres zones, pour les katibas (compagnie) ou la Tunisie. Parmi ceux-ci, il y avait Aliouette Daha, un camarade d’enfance, du même age que moi. Il avait quitté son domicile, avec un tricot bleu sombre de la marine sur la peau et les nuits étaient fraîches. La djellaba appartenait à mon grand-père Djillali décédé quelques années auparavant. Je la tendis à Aliouette que je ne reverrais plus jamais, puisqu’il fait partie des milliers de chouhadas. .
Parmi les Boufarikois que j’avais croisé là haut, je me souviens de Hamane Djillali, dit kharcha (oulid Ali El Guebli), mort, à Ben Amgar (Kabylo). Il y avait aussi Moha Boufarik qui était devenu responsable dans la région de Koléa. J’avais rencontré également Abdelkader Benahal. Blessé à la main par balle explosive dans la Mitidja à Ben Chabane. Ce dernier sera chargé du ravitaillement en zones montagneuses, avant de regagner le Maroc. Après l’indépendance ? il sera maire de Boufarik puis député à l’APN. Quand à mon ami Boualem Cherchalli, je finis par le retrouver. Quel plaisir de le rencontrer, en souvenir du temps ou avec passion ,nous discutions politique..! Sur sa demande, j’avais pris sa fille Hamida, alors agée de trois ou quatre ans et la photographiais en ville. La jeune européenne qui prenait les clichés , me demanda si c’était ma fille. Je répondis : « non, son père est dans l’armée ». L’opératrice avait sans doute compris ,qu’il s’agissait de l’armée française.
La mère de Boualem venait chez moi de temps à autre, pour les nouvelles. Un matin en rentrant du maquis, j’avais trouvé à la maison tante Z’hor, mère de mon ami. Tout en lui parlant de son fils qui se portait bien, j’avais machinalement tiré de ma poche ,un bout de galette rassis ,pour le déposer sur une table. Elle le prit avec le plus grand soin et le baisa , comme un produit sacré.., parce qu’il provenait du maquis… Un autre détail peut illustrer cette sacralisation. Un jeune moudjahid, alors secrétaire de Si Hcène, originaire d’Alger ,dont le père, marchand de légumes, avait une table au marché couvert de Belcourt, me pria de transmettre une lettre à ses parents. C’était assez dangereux puisque cela se passait en pleine période de la bataille d’Alger. Des paras m’avaient fouillé de la tête au pied, tout prés de son domicile, alors que la missive était soigneusement pliée dans une poche de mon pantalon. Autant dire, que j’avais intérêt à afficher une tête innocente devant ces soldats en tenue de combat. Boualem habitait rue des Mûriers à Belcourt. Le père absent, c’est la mère qui me reçut. Comme le voulait la tradition, la fille, une adolescente se précipita pour se cacher. Sa mère intervint et lui dit : « tu n’as pas à te cacher, embrasse le, c’est ton frère.. ! « Ces paroles se gravèrent à jamais dans ma mémoires, tant fut grande mon émotion. Pour comprendre la portée de ce geste, il faut savoir qu’ à cette époque, les femmes ne se dévoilaient pas devant un étrangers.
Bien plus tard, après l’indépendance, un chauffeur de l’APS, qui avait connu Boualem, mort pour le pays, m’amena voir son père qui gérait un café sur l’avenue Belouizdad. Aujourd’hui une grande avenue de Belcourt porte son nom. C’est Boualem Rouchai. Selon des témoignages ce jeune, devenu responsable, fut envoyé en mission à Alger ou il se distingua par sa bravoure avant de tomber..
Après les poires d’Oran, je m’étais associé avec El Hadi pour l’achat d’un verger d’abricot à Wauban prés d’El Asnam. Nous installâmes un gardien, Boufarikois sexagénaire. Deux jours après, il revint nous voir chez nous l’air terrorisé , pour nous annoncer ses regrets de ne plus mettre pieds dans ce maudit bled… Durant la nuit, des hommes en uniformes , étaient descendus de la montagne. Il étaient Algériens et avaient même le drapeau en écusson. Ils se distinguaient des vrais moudjahidines pour de nombreuses raisons : Ils blasphémaient et jouaient aux cartes. Enfin, ils fouillèrent le pauvre vieux pour le délester de son pécule, 500 frs qu’il avait en poche. C’était là une signature claire des hommes du bachagha Boualem.
Nous exportâmes vers la France ces abricots par l’intermédiaire d’une station spécialisée dans le conditionnement,.sise rue Roux, près de la gare de Boufarik. Cette affaire nous rapporta un bénéfice appréciable.
En ville, Michel Robert et ses sbires, en l’occurrence Philip, Salva et Si Mohamed-el-Maroqui, rendaient la vie intenable. Les arrestations, les enlèvement étaient de plus en plus fréquents. Le commissaire toujours en camionnette faisait sa ronde infernale. De jour comme de nuit, son apparition terrorisait tout le monde.. Il s’arrêtait, regardait un groupe et hop ! il embarquait un, deux, trois hommes, selon les cas. Parfois, il ne prenait personne, mais son regard seulement tétanisait les citoyens. De son coté, l’armée en faisait autant. Qu’importe que l’on soit dans le coup ou non. Ils enlevaient, torturant au hasard. Ils tapaient dans le tas, à l’aveuglette. Si le captif’ n’en savait rien, par peur, il pouvait devenir un indicateur. Telle nous semblait leur logique.
Au maquis, j’avais vu un évadé d’une ferme qui servait de campement à des paras. Il avait été mis durant des semaines dans une cuve vide. On lui avait brûlé l’épiderme doucement avec des bouts de journaux. A d’autres, on leur ouvrait la peau sur le ventre à l’aide d’un rasoir pour y mettre du sel. Il y avait le cas de Hadj Mayouf ; celui que l’on avait traîné derrière une jeep, à l’aide d’une corde jusqu’à ce que mort s’en suive ; il y avait enfin celui que l’on avait écrasé sous le char.. Ces cas étaient l’exception, des méthodes les plus notoirement connues, c’était la baignoire, la bouteille dans l’anus et surtout l’électricité à l’aide d’ un magnéto. Je pense que l’on voulaient que cela se sache ,dans un but de dissuasion.
Pendant ce temps , à la Radio, le commentateur Jean Nohain ( ou nochet) continuait de disserter sur » le monde libre » non sans présenter nos valeureux résistants,comme des bandits, des terroristes. Pour sa part, Robert Lacoste ne cessait de remettre ses rendez-vous pour la paix, de dernier quart d’heure, en dernier quart d’heure…Le socialiste Guy mollet avait compromis les communistes à l’assemblée Nationale en leur faisant voter les pouvoirs spéciaux pour soi-disant instaurer la paix, ;sans doute celle des cimetières.
Malgré les souffrances inouies qu’endurait la population, il suffisait d’entendre la radio « La voix de l’Algérie libre » pour se » blinder » ,contre le désespoir. La répression s’accentuait, mais les embuscades, les attentats, ne diminuaient pas. Bien au contraire, ils augmentaient.
Le fait d’être responsable de cette ville , aurait du me permettre d’être au courant de tout ce qui s’y passait. Il n’en fut rien. Je peux citer le cas de la bombe du cinéma, qui fit un carnage. C’est le frère d’El Hadi qui fut accusé de l’avoir lancée et sera abattu sur place. Je n’étais absolument pas dans le coup. Lors d’une réunion au maquis, je n’avais pas manqué de souligner, ce qui me paraissait comme une anomalie.
Comme dans tous les conflits de ce genre, il y avait le peuple, qui luttait pour un monde meilleur, mais à coté il y avait les brebis galeuses, les profiteurs de guerre dont l’existence avait déjà attiré mon attention…
Avant d’être assassiné, mon oncle maternel , était au bord de la faillite. Sa maison paternelle était hypothéquée. Le malheur ne fit que précipiter les choses. La demeure qui abritait toute une famille, de même qu’une boulangerie qui y était aménagé furent mises aux enchères publiques. Mes tantes et ma mère rassemblèrent sous par sous en empruntant chez des amis de grand père , une partie de l’argent afin de sauver la demeure familiale. Cette maison Mauresque de grand père Djillali n’intéressait pas les européens. Quand aux algériens, dés qu’ils comprirent le cas, tout le monde se retira de la surenchère sauf un certain S.H. Celui-ci organisait des ententes moyennant intéressement afin de bloquer les enchères ..à son profit. De vieux commerçants intervinrent pour le convaincre à renoncer à son stratagème ,en lui expliquant notre cas ;vainement Je suivis cet ignoble spéculateur jusqu à son domicile à Bab Eloued en plein quartier Européen Pour la première fois, en accord avec les frères, j’utilisais les pouvoirs dont je disposais, à des fins personnelles .Je lui envoyais Mohamed fils de Djillali El begar .Le trouvant chez lui ,il le somma de s’abstenir de toute intervention lors des enchères. Le pistolets qu’il avait ostensiblement en main fut convaincant.. J’attendis Mohamed à l’angle d’une rue voisine. Avant même d’arriver il me lança un regard significatif ;affaire réglée.. Grâce à cette intervention la maison de grand père Djillali fut sauvée. C’est aujourd’hui une vieille batisse .Elle appartient toujours. aux héritiers,. .dont je fais partie..
A tayeb Boughtachi, j’avais confié la mission sociale consistant à recenser toutes les familles de maquisards ou de détenus, et de leur envoyer autant que possible, une allocation. Celle ci était souvent bien maigre par rapport aux besoins quotidiens mais elles valaient mieux que rien. Le versement n’était pas du tout régulier .Il dépendait de la recette .Dans certain cas ,face à la situation de pères ou mères de familles, c’était tragique .A ce jour ,ce genre de situations m’emmène à méditer sur les capacités d’endurance de nos compatriotes. Certains en avait marre ou avait peur. C’était normal .J’étais bien placé pour les comprendre .
Il y a le cas de A.M ,aujourd’hui Hadj .Remarqué pour avoir exprimé le désir de « monter »il fallait le mettre à l’épreuve en lui remettant une grenade, qu’il devait lancer dans un débit de boissons alcoolisées ,face au marché, fréquenté par des militaires et aussi des Algériens ,malgré l’interdiction formelle .L e jour J. nous convenames de nous rencontrer près de l’hôpital, dans l’écurie qui nous appartenait depuis l’époque ou mon défunt père, avait des vaches .J’attendais, l’attentat avec Bouradou ,un moussebel déjà activement recherché depuis longtemps. Il n’y eu pas d’explosion.. .Mais voilà que la sirène communale d’alarme se mit àhurler. Qu ‘y avait il donc ? !..Nous quittâmes ce lieu avant le bouclage pour rentrer chez moi. Tout le quartier était déjà encerclé afin d’arrêter éventuellement l’auteur d’un attentat au revolver. .Devant chez moi, il y avait un jeune militaire en faction au seuil de notre maison, qui permettait d’entrer ,mais pas d’en sortir .En discutant avec lui ,je compris qu’il était Parisien .Ne l’ étais je pas un peu moi-même ? IL prit discrètement le café avec gâteau que lui offrit ma mère ..Le capitaine qui pourtant avait fouillé minutieusement tout le quartier arriva par la porte qui communiquait avec la maison de grand-mère. »Alors ça discute ?« nous lança t il, l’air tout à fait détendu. Sans même fouiller, l’officier claqua des mains pour signifier la levée le camp .A rappeler que notre maison était à la limite du quartier Arabe .Notre voisine madame Gauthier était Européenne. Ouf ! ..Bouradou et moi, étions consternés ..Un simple contrôle d’identité et nous étions perdus. .Ce n’est qu’après le départ de ces militaires que ma mère apprit que Bouradou était sans papiers et qu’il était recherché .L’attentat commis ce jour là, était le fait d’un groupe de passage ..dont j’ignorais l’existence Ce manque de coordination ,aurait pu me coûter cher. .Cela m’incita à rédiger un rapports qui eut des suites que je relaterai ..
Ce n’est que trois jours après le rendez vous manqué que je rencontrai AM ..Je n’ai pas osé ,j’ai eu peur, m’avouera t il .Cela me fit sourire. En n’utilisant pas cette grenade , il m’avais rendu un grand service.. L’idée de tuer des gens , que je connaissais , ou des membres de leur famille, me paraissait exécrable .Moi même, à chaque fois que j’avais l’occasion, n’avais je pas pris un verre « en douce ».. » Fais ce que je te dis et ne fais pas ce que je fais ?. ».Il me paraissait ignoble de ma part,de n’avoir pas refusé cet ordre.. Je demandais à mon interlocuteur de me ramener la grenade. »De suite « me dit il.. »elle est là.. Elle était dans la boite à chaussures, qu’il portait sous le bras. Il me la tendit, heureux de s’en débarrasser…
A ce jour ,lorsque je rencontre AM, nous échangeons un regard d’intelligence. .en souvenir de cette époque .Il parait que son fils a été embrigadé par des intégristes pour firent de lui ,un terroriste. Cette information me laissa rêveur .Qui est « terroriste ? qui est Résistant ? La question mérite d’être posée. Lorsque des journalistes demandèrent à Ben M’Hidi , s’il n’avait pas de remords, en utilisant des couffins pleins de bombes, celui-ci leur répondit : « DONNEZ NOUS VOS AVIONS AVEC LEURS BOMBES AU NAPALM , NOUS VOUS LES ECHANGERONS VOLONTIERS AVEC NOS COUFFINS.. «
Il y a l’autre cas, celui de B. aujourd’hui respectable père de famille ,grand père d’une nombreuse progéniture. Suspect ,il avait été arrêté et durement malmené ..Dans une chambre ,on obligeait les captifs à marcher pieds nus, sur des Tessons de bouteille. Sollicité après sa libération ,il ne voulu plus rien savoir. Je lui dis : Alors tu abdique ? Il me répondit « OUI ! » on en resta là. Ce qui me déçut par la suite ,ce fut d’apprendre ,des années après l’indépendance, que ce même B participa activement, parfois de manière atroce, à la liquidation d’anciens collabos, parmi lesquels, mon cousin Aliouette Boudissa, qui fut gardien de la paix, dans la police boufarikoise..Durant la guerre, une telle exécution auraient été normale, même pour mon frère ,le cas échéant .Mais se découvrir une âme de justicier zélé, juste après le cesser le feu ,cela me parait relever de la pire lâcheté.
Abdelkader ,le frère aîné d’Ali , le policier , osa protester .Il fut également égorgé...C’est là, un exemple d’action bravache d’attentistes qui, sentant le vent tourner, devinrent ces combattants si nombreux de ..la onzième heure..
Instruit d’une expérience pratique, j’insistais en permanence sur la nécessité du cloisonnement .En chaque occasion, je soulignais son importance vitale. Pourtant, sur le terrain, à bien des moments, il m’ arriva de transgresser à cette règle .C e fut le cas avec Si Mohamed Tlemçani,,l’agent de police déjà cité .Ce fut également le cas avec A.B, un technicien agricole ,travaillant sous l’égide de la S.A.S ce qui à cette époque était considéré comme une trahison .Il paya sans histoire .Le vrai problème ce n’étais pas l’impôt que l’on payait .c’était le fait qu’en payant, on s’exposait à une mort presque certaine. Le risque était souvent plus grand pour un élément de base .Lorsqu’on arrête un responsable, tout le monde en parle .La presse le monte en épingle, à des fins de propagande .De ce fait, le prisonnier ayant acquis une notoriété, même au niveau local ,peut espérer sauver sa tête en étant présenté aux magistrats. Lorsqu’un homme est mené à la mort, au vue de tout le monde ,il peut faire preuve de beaucoup de courages Ce n’est pas le cas d’un pauvre bougre anonyme arraché de son lit en pyjama ,en pleine nuit ,pour être abattu à la sauvette et mis sur le compte des « crimes perpétrés par les fellagas ».Qui pouvait ,qui osait affirmer le contraire ?.Le but de cette terreur, c’était de neutraliser la base de soutien des maquisards…vainement..
.Plus que du courage, il fallait de la témérité ,au citoyen ordinaire, pour soutenir les résistants. Ce n’est pas un hasard si ,après l’indépendance, on afficha bien en évidence ,un slogan, hélas vite oublié, »UN SEUL HEROS, C’ EST LE PEUPLE !.. »
Un militant exécuté au grand jour, pouvait crier haut et fort : VIVE L’ALGERIE LIBRE ! avant de tomber. Ce n’est pas le cas des victimes anonymes .La propagande, alliée à la terreur, visait justement à faire détacher le peuple de son armée de libération afin que, privé de cette base de soutien ,cette dernière n’y soit plus « comme un poisson dans l’eau. ». Pour répondre, au matraquage constant, des médias colonialistes ,il m’arriva de rédiger un tract au style simple et maladroit, exhortant la population à déjouer les manœuvres ennemis, en persévérant dans leur soutien à la Révolution, ;quoiqu’il arrive, jusqu à la victoire finale .Faute ronéo ,c’est à l’aide d’une machine à écrire récupérée on ,ne sait ou, que je faisais rédiger par, un jeune Blidéen, un texte de moins d’une demie page…
On dit que « les épreuves ne forment pas les hommes ;elles les révèlent. ».Je me souviens de l’endurance de ce djoundi à l’allure revêche, que je rencontrai lors d’une réunion. Deux mois auparavant, il avait l’air aussi fort qu’un bœuf. Il arrivait d’une région qui avait été encerclée lors d’un grand ratissage. Durant neuf jours ,il vécut ,il survécut avec quelques herbes et de l’eau d’un ruisseau à portée de main, en guise de nourriture. Une fois nous raconta t il, en riant un parachutiste urina presque au dessus de sa tête ,du haut d’un rocher sans soupçonner sa présence .Survivre dans ces conditions, relevait du miracle. !
Parmi les personnes exceptionnelle rencontrées a cette époque ,je peux citer le cas de,MOHA Seghir.Dans les pays développés, les aventures d’un tel homme, auraient servi à l’écriture des romans et de films sensationnels .Dès son jeune age ,il connut le centre de redressement de Birkhadem. Engagé comme tant de jeunes de son age ,après la proclamation de Novembre 1954,il deviendra fidai .Après plusieurs attentats, il sera recherché .Il échappera de justesse à la police alors qu’il était planqué dans la boulangerie de Ouameur. Faute de l’arrêter ,la police exécutera sommairement le patron de la boulangerie Quelques mois plu tard ,alors qu’il dormait dans une vigne avec Feroukhi, son compagnon ,quelqu’un les dénonça .Feroukhi,sera tué et lui arrête.
Salva et Philippe l’emmenèrent, menottes aux poings, en plein jour, sur le pont de oued Mimoun, sur la route de Chebli afin de le liquider .PHilippe lui donna un coup de pied qui le fit tomber. Salva protesta.. » » Non , !Non ! ..il m’a eu debout ,je veux l’avoir debout ! » tout en le mettant en joue ,il ordonna au prisonnier de se relever et de s’en aller. .Alors que le captait faisait les premiers pas, convaincu qu’il allait mourir , le policier appuya sur la cachette ,la Sten s’enraya .En une fraction de secondes, le captif s’en aperçu et détala comme un éclair ...Il était jeune, alors que ses poursuivants étaient d’age mur. « .Attrapez le ! Attrapez le !.. »Le temps qu’ils se remettent de leur surprise, Moha Seghir était déjà loin. Sa jeunesse compta sans doute pour beaucoup dans cette fuite ,mais la peur de trépasser ,avait du jouer un rôle non négligeable..
Dans un champ de trèfle ,un homme qui chargeait son tombereau, l’aperçu ,menottes aux poings ,.Il lâcha sa fourche et prit ses jambes à son cou. D’autres personnes, des Algériens, à qui, il demanda de lui briser les menottes, refusèrent préférant la fuite., par crainte de représailles .L’essentiel fut qu’il soit sauvé…
Plusieurs fois, ce Moha Seghir eut pour mission de m’escorter des douars en haute montagne jusqu' au dernier refuge à Bahli chez Si EL MAHDI d’où je descendais ensuite seul jusqu’en ville .Face à ces frères ,je jouissais d’un précieux mais redoutable avantage .Je n’avais jamais été recherché.
Contrairement à ce que pensaient beaucoup de gens ,il y avait peu d’arme chez les moudjahidine que je connus Tel responsable avait une mitraillette Sten avec un seul chargeurs, tel autre, une Beretta ou bien une Mas 43. L’un d’entre eux, avait une carabine Américaine ,une arme très appréciée de tous .Il parait que les katibates étaient beaucoup mieux équipées. Durant mes fréquents séjours en montagne je n’eus jamais l’occasion d’en rencontrer une .Mon contact périodique avait lieu avec des commissaires locaux dont le rayon d’action était limité. Pour sa par Moha Seghir par exemple, avait un vieux pistolet à barillet 6,35.Il portait souvent un Jean ,une ceinture décoré de punaises jaune résultant sans doute de l’influence des films cow boy.. L’instinct de survie avait aiguisé chez cet homme les sens auditifs et olfactif. Une nuit,,sous un beau clair de lune,,nous descendions les dernières collines .Il était environ trois heures du matin.
Au niveau d’une clairière ,nous allions nous engager dans un sous bois afin de traverser la route goudronnée,entre Soumaa et Bouinan .Subitement, mon accompagnateur me serra le bras ,son index sur les lèvres ; puis de me chuchoter : »il y a quelqu’un !.. »Nous nous immobilisâmes, durant une trentaine d’ interminables minutes , afin de voir venir. Impatient, je finis par me demander si mon compagnon n’était pas victime de quelques hallucinations.. Après quelques hésitations Moha Seghir décida que l’on reprenne notre chemin mais en contournant l’endroit suspecté. Nous traversâmes la route goudronnée, pour pénétrer dans une vigne dépendant actuellement du domaine Souidani Boudjemaa.(ex Cheris) Soudain, quelqu’un surgit du feuillage arme au poing en ordonnant à voix basse .. »Les mains en l’air ! ».Il plaisantait car il nous avait reconnu. Lui aussi nous avait entendu. Comme nous, après avoir longuement attendu, il avait contourné le lieu suspect. ,pour se planquer à notre arrivée. .C’était un jeune moussebel originaire de sidi Aid. Bien après l’indépendance, Moha Seghir me dira qu’on l’appelait « Boufnar » parce qu’il avait un blanc d’œil De son vrai nom c’est Gamraoui. Ce patriote tombera au champ d’honneur. Cet incident me démontra, moi, le citadin, qui ne venait que périodiquement au maquis,,combien j’étais vulnérable. Sans mon compagnon, j’aurai foncé,tête baissée, dans la gueule du loup, la tête la première..
Moha Seghir activait dans la périphérie de Boufarik ou dans les douars environnant Puis, subitement , il disparut de la circulation .Etait il mort ?..Déjà condamné à mort par les Français ,le voici fuyant l’ALN !?..Selon la rumeur, pour vivre, il se mit à rançonner les gens!.., On lui reprochait des relations coupables avec la fille du propriétaire de l’un des refuges.. ; ce qui, sauf mariage ,était passible de mort .Sa fuite apparut comme un aveux de sa culpabilité…
Moha Seghir qui connaissait bien le prix à payer pour ce genre d’accusation ,se volatilisa dans la nature.
Ayant appris la nouvelle, j’avais profité d’une rencontre avec Boualem Cherchali, pour intercéder en faveur du fuyard. Tout en comprenant parfaitement les règles strictes imposées par la résistance, à ce sujet. Afin de préserver la confiance de la population envers les maquisards. je rappelais à mon ami, l’époque ou tout deux étions célibataires.. Je dis à Boualem que, rien n’était plus naturel, pour un homme normalement constitué que d’essayer de courtiser une femme à supposer que ce soit le cas. Compréhensif ,Boualem me demanda de rechercher le fugitif pour lui demander de se rendre afin qu’il puisse intercéder en sa faveur.. Je me mit à sa recherche, sans résultat Il avait disparu.
Comment s’en est il tiré ?Ce n’est que bien plus tard après l’indépendance, lors de l’inauguration d’une stèle à Saoula ,à la mémoire de Boualem Chechali, en présence du colonel Ouamrane ,du docteur Khatib (Si Hacène), chef de la wilaya, et d’autres anciens responsables ,que je l’apprendrai.
Son beau frère l’avait caché durant une longue période, au port d’Alger, ou il lui ramenait à manger..
Après le cessez le feu, alors que le conflit s’aggravait entre la population musulmane et les gens de l’OAS, il se remit de la partie ... .A ce jour ,lorsque je rencontre cet homme brun, aux cheveux blancs,ne payant pas de mine j’éprouve un sentiment d’humilité,de profond respect et d’admiration à son égard. Pour les gens qui ne l’avaient pas connu, Moh ressemble à monsieur tout le monde et pourtant ,c’était un être exceptionnel. , C’était un héros, un vrai..
A propos de la nana, voici sa version. :
C’est son compagnon qui aurait courtisé la fille du propriétaire du refuge. Alors qu’il était allongé sur une natte, dans une pièce, face à une chambre mitoyenne ,dont la porte était ouverte d’où l’on apercevait une garde robe à laquelle était fixée une glace. Quelqu’un ouvrit le battant du meuble le mettant en biais, dévoilant par reflet, le couple qui s’embrassait. .Se rendant compte ,qu’il avait été vu M , le devança pour le dénoncer en inversant les rôles. .Ayant eu peur des suites de cette accusation ,Mohamed disparut dans la nature ..Est ce exacte ? Vue aujourd’hui ,cette histoire paraît comme une bagatelle insignifiante, mais à l ‘époque, les histoires de fornication étaient passible de mort. Je connus quelqu’un porté sur le « trou de balle » qui paya de sa vie, une tentative de sadomisation d’un jeune maquisard. Il fut tout simplement égorgé .. Bien plutard, ,M.,se serait marié avec sa dulcinée et eut beaucoup d’enfants qui le rendirent ..Grand père..
A l’instar de mon oncle Omar, avant son incarcération, dès qu’il y avait des incertitudes par exemple ,lors de l’arrestation d’un militant ,j’évitais de dormir chez moi. Je passais souvent des nuits ,notamment à Belcourt. A mes yeux, l’hôtel avait ceci de bon .En cas de pépin ,je pouvais toujours prouver ou j’étais. La fiche de police en faisait foi. C’était plausible puisque j’étais commerçant ,mais ,quelle angoisse ! J’étais responsable ,j’avais réorganisé toute la ville en veillant au cloisonnement gage de sécurité., pour tous, pas pour moi ..Je connaissais tout le monde.. Et qu’étai je moi ? .Comment réagirai je en cas d’arrestation et de torture ?Mes parents dont j’étais si fier ,mon grand père Djillali mon père Hadj Amar, le poissonnier étaient cité en exemple, mes oncles paternels et maternels étaient tous connus et respectés dans ma ville natale .Allai je, en être indigne ? devenir un mouchard ? Avant novembre 54,un homme d’honneur ,c’était celui qui défendait son bien sa femme ,ses filles etc. .Depuis la guerre, l’honneur c’était d’abord et avant tout ,la défense de la patrie. A la simple vue du drapeau jusque là, souvent inconnu, des gens donneraient leur vie sans hésiter.. Mon engagement y allait de soit. Comme n’importe qui ,j’avais peur de la mort ,mais j’avais encore beaucoup plus peur de flancher devenir un lâche ,en cas d’arrestation. Pour persévérer, j’avais crée dans ma tête, une espèce de cloison, une censure contre la pensée aux dangers .Il fallait agir, ne réfléchir qu’après... Mon souhait le plus cher, en cas de malheur, c’était de me sauver, courir, sans penser à rien jusqu’ a ce que je sois fauché par une rafale .L’idée de la torture me hantait .Je m’imaginais parfois entre les mains de tortionnaires, désignant du doigt » ;toi !..toi !.. » de pauvres hères qui m’auraient fait confiance, qui auraient eu foi en la Révolution Ils diraient.. » ce minable Salah Arabdion.. !s’est mis à table ,pour nous mener à notre perte ! .Cette idée me terrifiait ,d’autant plus que j’étais bien renseigné sur les méthodes utilisées par l’ennemi .J’enviais celui qui était au maquis, arme au poing .Il avait les moyens de se défendre ,tirer, abattre le maximum d’ennemis ,quitte ensuite à tomber.. Mais à l’idée de se faire cueillir en pyjama, chez soit, désarmé, comme si l’on était nu, me glaçait .Pourtant ,il fallait continuer, résister ,tenir le coup, en évitant de penser à l’éventualité ,d’être pris.
Il m’arriva parfois de passer des nuits chez Bellouche, soit dans le magasin de vitrerie qu’il possédait un peu plus haut que l’hôpital Parnet ,en en allant d’ Alger vers Kouba, soit chez lui, à Goret. Rappelons que ce nouveau village a été édifié sur les neuf hectares de biens habous que gérait la commune, louées jadis par mon père pour un bail de neuf ans. .Notre cimetière de Bendris ayant été saturé ,la municipalité proposa à Louzri propriétaire de terres mitoyennes un échange avec goret. Le sol de Louzri était graveleux, lors qu à goret la terre était fertile et bien irriguée. L’échange était donc pour lui ,tout bénéfice .Au lieu d’exploiter cette terre Louzri préféra la morceler pour la vendre en lotissement .C’est aujourd’hui un grand village appelé ,cité Bellouche,à la mémoire de mon ancien compagnon.
Lors d’une nuit claire, alors que j’étais dans sa Peugeot 204 bachée garé dans la cour de sa maison ,une dame sortit d’une chambre, se promena un peu dans la cour puis après avoir examiné les alentours, elle revint vers la cour et se mit à contempler le ciel. Sa silhouette était nette .,. Malgré l’angoisse ,j’avais bien ri cette nuit à l’idée qu’elle me d écouvrait subitement dans la voiture...Evidemment ,je n’ai pas raconté cette histoire à Lounès . Cela prouvait que mon camarade respectait la consigne en matière de discrétion. ,y compris chez lui. .puisqu’on ignorait ma présence..
Des jours ,des semaines des mois passaient aussi riches en évènements .Mon va et vient continuait sans jamais émousser ma vigilance. La peur avait du bon., j’avais tendance à être expansif, mais pour des choses aussi sérieuses, j’étais muet comme une carpe .Il y allait de ma vie, de celle des miens et celles de tous ces autres frères.
En cette belle matinée,,je quittais Sid El Mahdi .Mon compagnon, un homme âgé ,était un descendant du marabout qui donna son nom à ce douar en pleine montagne.( a ne pas confondre avec Si El Mahdi de Bahli dont la demeure me servait de refuge) .Cette compagnie était indispensable, puisqu’un jour ,étant seul, en m’égarant en pleine nuit,,je faillis me retrouver dans le camp militaire Français de Tafrante située au sommet de la montagne Le vieux en tenue traditionnelle était sur son baudet. .Je l’accompagnais à pieds. Je portais du linge rapporté de Paris. Ce qui me donnait l’allure de n’importe qui, sauf celle d’un montagnard .Pour passer inaperçu,,je m efforçais de tenir un bâton, de courber l’échine et entourais ma tête d’un turban rudimentaire . La voie était libre .Nous avions toute les chances d’arriver sans encombre à destination .L’essentiel pour moi, était d’atteindre la route carrossable .A partir de là , en cas de contrôle ,je pouvais trouver un prétexte, pour justifier ma présence .Ce n’était pas le cas, tant que j’étais en montagne ou je n’avais aucune raisons plausible pour y être. .Alors que nous discutions pour passer le temps,,un bruit lointain se fit entendre, de l’autre coté du versant. Un avion ? Un tracteur ? En s’amplifiant, le vrombissement se précisa .C’était un hélicoptère qui fit très vite son apparition .Il avait l’air d’un crabe ailé, avançant de biais. .Il suivait une trajectoire parallèle à notre direction. Environ cinq cent mètres .à vol d’oiseau... Soudain ,il bifurqua .En quelques secondes ,il volait déjà sur nos têtes .Nous avions hâte de le voir disparaître à l’horizon .Alors qu’il arrivait sur nos têtes ,il ne nous quitta plus .Il nous suivit en avançant à vitesse réduite .Enfin, il amorça la décente en soulevant un énorme nuage de poussière. L’âne se mit à ruer. Allait on nous écraser ?S’il descendait ,j’étais perdu ;mon compagnon aussi.. Après un instant d’hésitation ,l’engin reprit son envol et disparut à l’horizon. Bon débarras !..Cela dura à peine quelques minutes, des minutes longues comme l’éternité.
Lors de l’une des réunions ,avant mon retour en ville on me proposa un paquet de pellicules dont on ne savait que faire au maquis ,faute de photographe .Moi aussi je n’en connaissais pas .J’acceptais quand même de les prendre sans aucune garantie. C’était tout un couffin de bobines de différents formats, des 6-6,des 6-9 etc ..Je m’était souvenu d’un photographe algérien à Mastaganem, sur une grande place, près d’une église. Tout en me demandant s’il s’agissait d’un patron ou d’un simple employé, je lui rendis visite.. ».Salam oualikoum. ! « Bien entendu ,il n’était pas question de dévoiler la vérité à cet inconnu. Après un brin de conversation, de fil en aiguille, on en vint au fait.. » on m’avait dit que le développement et tirage de pellicule était relativement facile, mais je ne savais pas comment m’y prendre.. » dis je « j’aurais aimé que l’on m’initie ,même moyennant rétribution ..Ce garçon ne refusa pas;mais il me noya dans des formules physico- chimiques déroutantes , des histoires de bromure d’argent etc. ..auxquelles je n’y comprenais rien Il se mit à m’en mettre plein les yeux, en me montrant les graduations de l’objectif de l’agrandisseur et celles du margeur.. au point de me donner l’impression d’être dans l’antre de quelque éminent savant. .En fait, je crois que cet homme fit preuve de conservatisme ,voyant en moi quelqu’un qui cherchait à » lui voler son métier ,un futur conçurent. Il fit tout pour me décourager .Il y arriva. .Je décidais d’essayer de développer ces film en commençant par la pellicule ou j’étais moi même photographie ,sur la base d’indications puisées d’un vieux bouquin du début du siècle, consacré à cet art. Sans cuves ,sans agrandisseur je développais le film 6-9 ,dans le noir total.. JE le plaquais ensuite le négatif contre du papier de même format, j’exposais le tout quelques secondes ,à la lumière, puis je mis le papier dans le révélateur …Ce fut la magie ..une surprise inoubliable ..L’image était floue ,médiocre, mais c’était bien moi ,braquant un pistolet emprunté aux frères .Il y avait Hamadouche avec sa veste en cuir ,Si Ramdane ,quelque’ un de Bouinan paraît il etc. .Bien entendu ,je plongeais rapidement la photo dans le fixateur. .J’avais découvert ..le fil à couper le beurre ..Je tentais deux autre bobines sans aucun résultat. Un beau matin le bruit courut qu’une rafle allait avoir lieu, probablement dans la nuit .Sans hésitation ,j’allumais un feu dans le jardin puis, après avoir bien regardé ce couffin en imaginant les souvenirs et autre documents de valeur inestimable qu’ils pouvaient receler ,je mis le contenu et le contenant dans le brasier et ne les quittais des yeux qu’une fois totalement consumés. La photo que je réussi partiellement me tenait à cœur. Je voulus la garder ,mais les risque étaient trop grands. Elle y passa.. Je creusais un trou et enfouis les cendres. .Bien plu tard ,me trouvant en RFA ,mon premier reflex fut d’apprendre à développer des photos
Le délégué général Robert Lacoste avait beau se gonfler le torse en promettant ses derniers « quarts d’heure » la fin de la guerre ,entendez, l’écrasement de la Révolution, la Résistance se poursuivait et prenait de l’ampleur, compromettant de plus en plus ,l’économie Française .Au nom d’un patriotisme discutable ,des colons et leur partisans continuaient d’imposer leur volonté guerrière .En marge de ceux qui dès le début s’engagèrent à défendre l’honneur de la France, en soutenant notre juste combat comme Francis .Johnson et autres personnalités plus connus comme « les porteurs de valises »Il y avait des hommes comme Claude Bourdet ,ancien résistant et directeur de « France Observateur »ou travaillaient entre autres, Gilles Martinez, Robert Barrat auteur du premier reportage sur les maquisards, dont le colonel Ouamrane. .En France, des voix de plus en lus nombreuses, s’élevaient pour dénoncer la torture .Ce fut le cas de Pierre Henri Simon, qui fit paraître un livre intitulé « contre la torture « Un peu plus tard le livre d’Henri Alleg « La Question » relatant des faits vécus dans sa chair, fit sensation. De plus en plus de gens ,contestaient les slogans officiels à propos de l’Algérie, départements Français, mais en murmurant à voix basse , face à l’hystérie générale ?..L’idée de « L’Algérie Française » était trop bien ancrée .Les militants Algériens étaient conscients du fait ,qu’il fallait encore beaucoup de temps et de sacrifices pour imposer nos droits légitimes .Pour que le lecteur ait une idée de l’atmosphère de l’époque ,voici une partie de la déclaration du premier ministre d’alors, monsieur Mendès France, un homme considéré comme un libéral de gauche ,le 12 novembre 1954,au Palais bourbon.. : »..On ne transige pas ,lorsqu’il s’agit de défendre la paix intérieure de la Nation ,l’unité ,l’intégrité de la République .Les département d’Algérie ,constituent une partie de la République Française .Ils sont Français depuis longtemps et de manière irrévocable ..Entre elle et la métropole ,il n’y a pas de sécession concevable. Cela doit être clair ,une fois pour toute et pour toujours ,aussi bien en Algérie et dans la métropole qu’à l’étranger .Jamais ,la France, comme aucun gouvernement, aucun parlement Français, quel qu’en soient les tendances particulières ,ne cèdera sur ce chapitre fondamental. .
.. Mesdames et messieurs ,plusieurs députés ont fait le rapprochement entre la politique Française en Algérie et en Tunisie. J’affirme, qu’aucune comparaison n’est plus fausse ,plus dangereuse .Ici, c’est la France !.. »
Je peux citer des déclarations dans ce sens, faites par François Mitterrand et bien d’autres.. Tout au long de cette période de violence ,nous vivions en bonne intelligence avec les Européens .Les ouvriers vaquaient à leur travail normalement chez leur patrons pieds noirs ,en faisant mine d’ ignorer ou même de déplorer, de « condamner la violence ».. .Les Européens faisaient semblant de les croire .En vérité, aucun n’était dupe de l’autre .Il fallait bien vivre !.. .La nuit tombée ,les uns s’habillaient en territoriaux ou en agent de la main rouge, ou de la future OAS (Organisation Armée Secrète) ,les autres, prêtaient main forte aux Résistants.
Durant la grève des huit jours, tous les Boufarikois furent conviés par le FLN à rester chez eux. Tôt le matin ,militaires et policier organisèrent une rafle monstre. Ils embarquèrent tous les hommes vers le stade. Nous passâmes la journée sans boire ni manger. Certains évanouirent .D’autres,,malades firent dans leur pantalon.. Pendant ce temps, des policiers et militaires défonçaient les magasins fermés pour cause de grève, sous le regard amusé de Européens .Nos voisines Espagnoles avec lesquels nous entretenions des relations de bon voisinage n’hésitèrent pas à aller dans les épiceries au rideau éventrés pour remplir, à l’œil, des couffins de victuailles, sous le regard réprobateurs des Musulmans, surtout des femmes non arrêtées.. .
Tout était fait pour casser le moral et ,décourager la population. Celle ci accusait le coup, comme lors des premiers résultats décevants à l’ONU ,le débarquement de Suez par les Français, les Anglais et les Israéliens, le premier acte de piratage aérien dans l’histoire de l’aviation civile, fut commis par la France, au détriment des cinq dirigeants de la Révolution, sans jamais nous faire perdre espoir.
Michel Robert et ses principaux lieutenants avaient un comportement de plus en plus arrogant, démentiel .Chacun avait peur de se trouver sur le chemin de ce tortionnaire .Un jour, rencontrant El Hadi, le commissaire le mit à plat ventre ,le pied sur la nuque ,il lui dit ,en appuyant. »Tu payeras pour ton frère !.. »Généralement ,j’étais réticent lorsqu ’’il s’agissait d’envoyer nos jeunes inexpérimentés vers le maquis Mais lorsque El Hadi vint me rapporter la menace dont il fut l’objet par Michel Robert ,j’étais sur qu’il était condamné. Il était peu probable, que son frère ait jeté la bombe au cinéma qui provoqua un carnage chez les Européens. Certains maquisards affirmèrent qu'il n'y était pour rien. Toujours est il qu'il fut abattu parce qu’au moment de l’attentat il se trouvait sur le lieu.. Cela ne suffit pas pour apaiser la colère des pieds noirs. .Durant la même période, Mahmoud Amrandi me demandait de prendre un jeune Kabyle de son village qui dormait dans son restaurant. Si la police ou l'armée le découvrait ,il pouvait être tué, bêtement Après mur réflexion ,je décidais de les signaler aux responsables. C'est Rabah Magri ,un boucher du quartier, qui nous prit dans sa Juva quatre, jusqu'a Bahli. J'accompagnerai ensuite El Hadi et le jeune kabyle jusqu' à Aggueni ,un village assez loin de Sid El Mahdi , au sommet de la montagne, lieu de mes fréquents séjours, d’ou ils furent pris en charge ,par des guides inconnus. En nous séparant, j'avais pensé à Djillali Larabi et bien d'autres. J'étais convaincu, de leur mort inévitable. Il n' en fut rien. Djillali ,par exemple, traversera deux Fois la ligne Maurice pour ramener des armes et des munitions. Il survécu. Rappelons que Boufarik est à peu près au centre de l'Algérie à des centaines de kms de la frontière Tunisienne qu'il fallait parcourir à pieds, le plus souvent en zones montagneuses,comme la Kabylie ou les Aurès.
Quelques mois après l'indépendance El Hadi qui fut pris d'une crise de démence ,déchargea sa mitraillette sur Benelfoul un autre jeune officier de l'ALN ,lui aussi Boufarikois fraîchement démobilisé. Pourtant, selon de nombreux témoins ,ils étaient amis. Chacun d'eux avait pris femme pour enfin jouir d'un bonheur mérité. L’un mourrut alors que l’autre passera le restant de sa vie dans un hôpital psychiatrique. De temps à autre El Hadi sortait en permission . Dès qu’il était en proie à la crise il devenait violent et dangereux Il battait sa propre mère dont il était le fils unique, après la mort de son frère. Deux ou trois années après l’indépendance,,il reçut un rappel de pension d’invalidité et acheta une R 8.Lors d’un moment de colère, il la brûla en plein centre ville. C’était un jeune homme grand et vigoureux. Il devint de plus en plus maigre ; squelettique. Rabah, le Boucher, celui là même qui nous transporta jusqu’au maquis me confiera : « Lorsqu’il passe par ici ,je cache les couteaux par crainte d’un accident .. »Les anciens qui connaissaient son passé le respectaient. .Pour les autres, ce n’était qu’un fou parmi d’autres…Pour ma part, à chaque fois que je le rencontrai dans cet état, parfois en tenue débraillée, j’avais honte du linge que je portai, j’avais honte d’avoir un appartement, une voiture, j’avais presque honte de vivre, tellement cela me paraissait trop injuste. Un jour ,on le découvrit raide mort dans une chambre de l’hôpital Franz Fanon ,à Blida..
Le jeune Kabyle aussi s’en est sorti. C’est aujourd’hui un vénérable grand père retraité ,installé à Alger ,après avoir été chauffeur au ministère des moudjahidine. On l’appelle »Moha Boufarik « de son vrai nom, Iguermelala.
Après des quarts d’heure qui n’en finissaient pas, l’occupant du comprendre qu’à elle seule, la violence ne suffisait pas. A quoi bon les ralliements si les ralliés étaient perçus comme des pestiférés, par la population. Un rallié, surtout s’il est habillé en harki qu’est ce donc, si ce n’est qu’un collaborateur Les Français connaissent bien la signification de ce qualificatif..…On parla de « troisième force « avec laquelle le gouvernement français pourrait dialoguer .Le FLN demeura inflexible. Le peuple Algérien, c’est lui. Tout le reste n’était que manœuvres vouées à l’échec. Est on extrémistes lorsque faute de moyens pacifiques, on fait parler la poudre pour se libérer ?Des modérés ?..Ali Chekal fut abattu par un moussebel en plein, champ de couse Parisien alors qu’il «était en compagnie de René Coti Président de la république Française. Voici ce qu’écrivait Franz Fanon.. »Oui, il faut compromettre tout le monde dans le combat pour le salut commun. Il n’y a pas de mains pures. Il n’y a pas d’innocents ,pas de spectateurs. Nous sommes tous en train de nous salir les mains ,dans le marais de notre sang. Tout spectateur est un lâche ou un traître. ». Cela faisait longtemps que les militants nationalistes s’étaient rendu compte que la principale cause de leur défaites successives et de l’occupation de 1830 à 1954,c’était leurs divisions. Le peuple avait toujours vaillamment résisté, mais en rangs dispersés. Ils comprit enfin, que sans l’unité, point de salut. .Des ex membres de l’assemblée Algérienne furent sollicités. Des tentatives ont même été faites en vue de récupérer les Messaliste en dévoyant d’anciens militants du MTLD comme Cobus ou Bellounis ; vainement. Toutes les manœuvres butèrent sur la détermination d’un peuple déjà instruit par le passé. Le FLN était son bouclier. ,l’ALN ? c’était l’aboutissement d’une longue expérience militante, jalonnée d’échecs multiples et de souffrances. Dans mon roman « La Pièce d’Argent »écrit en 1959, voici ce que disait un commissaire de l’ALN… » nous ne leur demandons pas d’avoir pitié de nous ,mais d’être juste. Ils sont des exploiteurs ,nous sommes des exploités. Entre nous, c’est la lutte à mort..»La population était martyrisée, mais en même temps, chaque Algérien sensé, se rendait compte que depuis novembre 54,nous n’étions plus une nature morte. Nous souffrions, mais nous existions. Pour ou contre notre combat ,le monde entier braquait son regard sur nous et sur nos adversaires. Même si nous devions tous mourir ,c’était à ciel ouvert ;au grand jour.. et non à la sauvette, à petit feu. Cette nouvelle situation, décuplait la détermination collective et individuelle. En France même, en marge de la poignée d’homme qui, dès le départ, au nom de la justice avaient pris une position ferme, au coté de la résistance au point d’être taxé de « traîtres »,le coût de la guerre, en vies et en matériel, commença à faire naître la contestation. Le silence ,l’indifférence étaient de plus en plus perçus comme de la complicité.»Un peule qui en opprime un autre , ne saurait être libre »
Cette guerre d’Algérie qui ne disait pas son nom gangrenait les fondement même de la République Française, dans ce qu’elle avait de plus noble .La chanson « Monsieur le Président, » écrite par Boris Vian et interprétée par Mouloudji fut considérée comme défaitiste sapant le moral des troupes .De son coté ,Slimane Azem ,un excellent chanteur Algérien fut victime de suspicion par ses compatriotes à cause d’une chanson « inès ileflani »mal perçue par certains Algériens. Ce poète mort en exil, méritait , à mes yeux plus de considération.
Pour atteindre son objectif ,l’occupant utilisa le système de la carotte et le bâton .Dans l’armée, à coté des paras , des zouaves et autres légionnaires, un nouveau corps fit son apparition ;la SAS. .Les uns sévissaient en procédant à des enlèvements, à la torture etc. ..Lorsqu’un parent de la victime allait se plaindre à la SAS ,l’ officier intervenait parfois en faveur du prisonnier. .en espérant qu’en contrepartie, la victime fasse preuve de sympathie à leur égard et .. ,pourquoi pas ?..se retournerait contre ceux qu’ils appelaient « les fellagas »..Des promotions alléchantes furent accordées à de jeunes Algériens, dans le cadre du plan de Constantine ,la loi cadre...
Dans une guerre comme la notre, un harki notoire, était beaucoup moins dangereux ,que celui qui pouvait être retourné et noyauter le FLN. La hantise des militants ,c’était l’infiltration .Imagine t on les ravages que peut faire un militant arrêté ,qui flanche et qui ensuite ,est utilisée comme une taupe ?..Lorsqu’on relâche quelqu’un, tout le monde accourt pour le congratuler, lui manifester un soutien moral et si possible ,matériel. Qui à le droit de suspecter un supplicié relâché ?Le doute était terrible, mais nécessaire. L excès de confiance était dangereux. .Selon des témoignages, de nombreux patriotes auraient été injustement accusés e t exécutés. .Ce fut le cas ,par exemple, lors de ce que l’on appela la » bleuite ». .Dans ce genre de situation, la foi religieuse servit la résistance. Un musulman croit que Dieu sait tout, sanctionne ou récompense en fonction des faits et non des apparences Autre effet de la religion ;l’endurance .Des hommes et des femmes on tenu bon devant leur tortionnaires en s’accrochant à Dieu qu’ils priaient .Celui qui dit que « la foi soulève des montagnes » n’a pas tort..
Une nuit ,alors qu’avec un groupe de moudjahidines nous dînions tranquillement à Goret, chez mon adjoint, Lounès Bellouche, nous entendîmes approcher à toute vitesse et tout phares allumés ,des camions et des Alftraks. Chacun prit ses chaussures en main et les jambes à son cou ,pour disparaître dans le noir. Après avoir traversé un champs d’artichauts et l’orangeraie de Baldo le maltais ,Said, l’agent de liaison nous mena vers un gourbi refuge ,près du passage à niveau de la route reliant Chebli à Boufarik. Tout à coup, avant même de reprendre mon souffle ,je reconnus ,la femme qui s’affairait pour nous installer. Quelle émotion !Dans le temps, alors que j’étais adolescent, j’en étais »fou ».D’origine marocaine, elle était brune avec de grands yeux bleus .Elle habitait près de la gendarmerie .Bien entendu, personne ne connaissait mes sentiments de gamin à l’égard d’une enfant. .Elle était là sous mes yeux cette fille .Malgré le dénuement de cette demeure ,je la reconnu. Elle était maigre, squelettique, pieds nues et le ventre ballonné. Ses haillons cadraient parfaitement avec la vétusté de ce gourbi. ;quelle misère !..Ne me reconnaissant pas, évidemment ,elle demanda de quelle région j’étais originaire. Je lui dis que j’étais de Koléa.
Le lendemain c’est prudemment que je regagnais la ville. Said qui après l’indépendance deviendra policier ,me dira qu’il s’agissait d’une fausse alerte. C’était une femme qui ,battue par son mari alla, se plaindre à la SAS installée à la 104 ,une vieille caserne de la dernière guerre mondiale, face au cimetière Européen.
A ce jour j’ignore si cette personne avait été sanctionnée par l’organisation locale ou pas .Pour bien moins que cela certains perdirent la vie. Il m’arriva un jour de descendre de la montagne avec un groupe armé ayant pour mission,d’ exécuter une femme ,(à Chébli je crois) accusée d’entretenir des relations coupables avec un harki.
Une nuit, le guide nous arrêta dans un refuge situé dans la ferme d’un colon réputé « ultra ».C’était un garçon d’écurie qui accueillait des maquisards dans ce fief de colons .Il m’apprit que jadis il avait travaillé chez les Ben Cheikh (AICHAOUI ).La ferme Chaber( ou Chabir), se trouve sur la piste reliant le douar de Ghrabau sud de Boufarik.
Exténués par des heures de marche ,nous finîmes la nuit dans la petite chambre de cet ouvrier .Le lendemain, à l’aube ,comme d’habitude ,je me séparais de mes compagnons qui, pour leur part, devaient attendre le crépuscule pour reprendre leur route et accomplir leur mission. Parmi eux ,il y avait Hamadouche un Boufarikois avec son inséparable veste en cuir Si Ramdhane, originaire de Bouinane toujours en Canadienne (voir l’histoire de la photo détruite).Deux jours après cette séparation l’épouse de Si El Mahdi me rendit visite. C’était la première fois qu’elle venait chez moi alors que j’étais très souvent chez elle. Elle m’apprit qu’ une fusillade avait éclaté pas loin de la ferme Chabir .Des maquisards auraient tiré sur un capitaine de la SAS qui y échappa mais le chauffeur aurait été touché...Deux résistants furent abattus. L’épouse de Si Elmahdi me supplia d’aller à l’hôpital ou l’on avait déposé les cadavres ,pour savoir si son fils « Moha CIVIL » en faisait partie..
Dans cet établissement ,il y avait un directeur avec lequel, j’avais tissé des relation cordiales en prévision de ce genre de situation. .C’était un militant ou sympathisant de la SFIO originaire de France, qui semblait heureux de rencontrer « un arabe politisé »..Il affirmait qu’il n’était pas du tout » ultra », qu’il désapprouvait l’action de ces derniers. .Par contre, il me faisait l’éloge de Guy mollet et d’autres de ses semblables ;rien que cela. Avec cet homme ,je me souviens de mon approche ; pas de » non « ,mais des « oui ,mais .. »En somme, je donnais l’impression d’approuver en partie, ce que disait.. ce monsieur, tout en n’ étant pas d’accord ,sur certains détails ..Il semblait ravi de converser avec un algérien « qui comprenait »..
Ce jour là, je trouvais, je ne sais quel prétexte pour lui rendre visite. Et voilà que surgit devant moi Si El Mahdi qu’escortait deux soldats .En me croisant ,ce vieillard melança un regard neutre puis il détourna les yeux en poursuivant son chemin. Ils l’emmenaient sans doute pour reconnaître les cadavres..
Pour ma part, c’est Si Moha Boutrig ,(notre ancien cheikh de l’école coranique) devenu fonctionnaire (une espèce d’aumônier) dans cet hôpital ,s’occupant des funérailles selon le rite islamique, qui me renseigna. Un des martyres avait des yeux bleus, l’autre portait une canadienne .C’était des détails édifiants sur celui que l’on appelait « Moha Civil » et qui n’était autre que le fils de Si El Mahdi, ce vieux chez lequel ,je trouvais régulièrement refuge avant de monter vers les djebels La maman m’attendait avec l’anxiété que chacun peut deviner. Que lui dire ?Je mentis en jurant par tous les saints que « ce n’était pas lui »..Si El Mahdi allait voir son fils pour identification. Mentira t il lui aussi à son épouse ?Je ne le saurai jamais .Le lendemain les cadavres furent acheminé vers le cimetière, Bendriss dans le camion communal, un citroen de type « tube 23 » utilisé pour le ramassage des ordures ,de la ville.
Durant les premiers jours qui suivirent cette tragédie, je fus très inquiet, car j’avais laissé des rapports écrits de ma main, heureusement signé Si Abdeslam
Pour glaner quelques informations ,je me rendais parfois à un café fréquentés par des ruraux Un incident banal faillit me coûter cher Un des fils du cheikh Si El Mahdi ?Celui là même qui m’accompagnait le jour ou l’hélicoptère avait failli se poser sur nous ,vint me voir en plein café Ben Hamouda près de l’ancien tribunal . Il m’interpella par le pseudonyme alors qu’ Boufarik ,tout le monde, y compris en famille, on m’appelait Salah .Près de moi était installé monsieur Attouche, un écrivain public de la ville. Celui ci fut surpris ,mais pensant sans doute qu’il s’agissait d’une méprise , il me fit un sourire entendu, et n’y prêta pas attention… Cet homme était venu pour une commission futile, qui ne valait pas du tout le risque. Tirant la leçon de cet incident, je mis en garde les frères ,afin d’éviter ce genre d’incidents, qui pouvaient avoir des conséquences incalculables.
Moins d’une semaine après l’attentat contre le capitaine qui coûta la vie de mes compagnons de la ferme Chaber ,je partis en reconnaissance au café de Ghraba Je sirotais un thé en attendant de rencontrer quelques connaissances pouvant m’informer. C’était en début d’après midi. Soudain, trois agents de police entrèrent en trombe ,regardant à droite ,à gauche comme s’ils recherchaient quelqu’un, puis l’un d’eux s’écria en me regardant :Il est là !..Ils bondirent sur moi comme si j’étais un fauve et me tordirent les bras Je n’avais opposé aucune résistance. A l’aide d’une cordelette et non de menottes ,ils me lièrent les mains derrière le dos avant de m’embarquer dans la 304 du commissaire. Ou m’emmenait on ?Cette fois ci, j’étais convaincu de la fin. Après tout, m’étant engagé dans la lutte ,il fallait s’y attendre. J’étais calme ; serein même. .La grande question :Qu ‘allaient ils faire de moi ?Tiendrai je le coup à la torture ?Subirai je l’humiliation des gens qui parlent ?Ils m’avaient noué leur manteau sur la tète . Grâce à trois trous rivés au début de la manche ,juste en dessous du bras ,conçus pour la transpiration, je pus voir clairement le sol au niveau de mes pieds. j ‘avais concentré mon attention dans l’espoir de repérer le lieu ou l’on m’emmenait Après. .un certain nombre de virages et de tournants que je sentais sans voir, la camionnette stoppa. La tête toujours couverte, les policiers me firent descendre pour m’entraîner vers un couloir puis un comptoir et enfin une salle J’étais tout bonnement au commissariat .Ce n’était pas difficile à deviner, puis de reconnaître le trottoir ,la marche d’entrée, le carrelage et enfin le salut des flics à leur confrères en faction.
J’étais las .J’ avais même un sentiment de délivrance Mon plus grand espoir, c’était d’avoir une mort rapide ,nette ..Lorsque les agents m’ôtèrent le ciré de la tête, c’est agressivement que je leur demandais : « ..de quel droit ,ils m’arrêtaient !?.. qu’avais je fait ?..»La réponse ne se fit pas attendre .Je reçus un coup de poing au ventre qui me plia en deux .Dès que je me redressais ,un autre coup me défonça la poitrine ,au point de me couper la respiration, mais je ne capitulais pas .L’un d’eux saisit alors un nerf de bœuf à porté de sa main et le leva menaçant. : Ferme ta gueule bâtard ! ». Cette correction qui m’avait plutôt calmé , me fit penser, (allez donc savoir pourquoi, ?).. aux bagarres dans les films, au cinéma… Les coups réels, ne faisaient pas autant de bruits. ! A part quelques difficultés à respirer ,je n’avais pas tellement mal ;pas peur non plus. J’étais dans un état second, tel un boxeur qui à hâte de croiser les gants. Les policiers m’attachèrent les pieds et s’en allèrent ,me laissant par terre, les mains toujours liées .derrière le dos. Après un bref silence, voilà que j’aperçois un objet qui bougeait dans le noir sous la table. Une tète se leva et me dit « Salah, ça va ?..Le sourire tranquille de ce captif qui par la suite fera partis des milliers de disparus, restera à jamais gravé dans ma mémoire .Il s’agit de Abdou Il habitait à l’ex rue Roux aujourd’hui rue des frères Safta. C’était un Dimanche, car j’entendais la clameur de la foule dans le stade A préciser que sur ordre du FLN, les clubs musulmans s étaient auto dissout .Mais les Européens continuaient à jouer. Qu’allai je devenir ? Patiemment je me mis à dénouer la cordelette qui me serrait les mains, décidé à m’échapper. J’avais tout à gagner et rien à perdre Une rafale et ce serait ma délivrance !..
Environ deux heures après, j’entendis des pas .Des talons claquèrent en guise de salut. C’ était Michèle Robert, le commissaire .Il entra dans la pièce » Qui c’est celui là ? » demanda t il ..puis me reconnaissant, tout en me regardant d’un air hautain, il me dit : .Ah, c’est toi !..ton oncle est un fellaga e t toi aussi tu es un fellaga. .tu vas voir tout à l’heure l’électricité comme ce poisson ,tu sais ? la trembleuse.. »Je trouve étrange que je me souvienne de l’intégralité de ces phrases prononcée il y a plus de 44 ans ?alors qu’il m arrive aujourd’hui d’aller au frigo ,en oubliant pour quelle raison.. ? Je fis le benêt ne comprenant rien à ces insinuations, alors qu’intérieurement, je ne cessais de me dire « Mohamed, cette fois ci, tu es cuit ! » en pensant aux documents laissés au refuge de haouch (ferme) Chaber chez un membre du groupe. C’était au nom de Abdesselam, mais c’était manuscrit ,mon écriture .Elle me confondrait.. Michel Robert s’en alla.
Plusieurs heures s’écoulèrent lorsque Salva ,l’un des hommes de main du commissaire arriva. ..Comme d’habitude, il était en civil .Je l’entendis ordonner à l’agent en faisant allusion à moi. Le policier qui me détacha ne remarqua pas le nœud déjà presque défait .En arrivant ,je trouvais Salva assis derrière une table au centre d’une salle sans meubles .Après un bref silence ,il cessa de griffonner ,après m’avoir toisé, il me fixa des yeux et me dit :« Ecoute, tu vas me dire la vérité ,si non tu vas le payer cher .Tout en affichant une tête de chien battu.. »Monsieur Salva (cet homme connaissait ma famille et tout mon pédigré )m’étai je alors exclamé, en faisant des yeux ronds. ,je vous assure que je ne vous dirai que la vérité .D’ailleurs, vous avez les moyens électriques et autres pour faire parler les gens. Vous découvrirez bien que je ne vous mens pas .C’est exprès que je poussais un peu trop le bouchon ,en n’ y croyant pas beaucoup. Après un silence , : « Ou est ton cousin Abdelkader ? » me lança t il en martelant sa question. C’était donc ça l’objet de mon arrestation…moi qui était obsédé par le récent accrochages.. »Je l’ai vu hier monsieur Salva ! Il était venu nous rendre visite à la maison .Nous avons appris qu’il venait en permission de Sarrebruck ou il faisait son service militaire. » dis je...Ce que j’affirmais là, était la stricte vérité. Il fallait que je lui donne cette preuve de ma sincérité. »..Pourquoi ,il est parti pour la montagne ,monsieur Salva ? ajoutai je d’un air médusé .J’aurai pu dire tout simplement « pourquoi, ou est il.. ? » D’instinct ,j’avais le sentiment de le provoquer un peu ,en évoquant »la montagne » afin de donner cette impression de spontanéité dangereuse certes, mais qui pouvait me rendre plus convaincant. . Il arrive à des gens de se faire coincer parce que ,dès le début de l’interrogatoire ,ils nient tout en bloc .En répondant « non » à tout, ils s’exposaient plus sûrement à des interrogatoire auxquels peu d êtres humains peuvent résister. Pour ma part, l’expérience militante m’apprit à suivre la politique » du bikini, ».. consistant à montrer tout, sauf l’essentiel…Salva me fixa longuement des yeux .J e devais avoir l’air pitoyable. Puis, contrairement à toute attente, il ordonna à l’agent, de me relâcher.. « Mais c’est le patron qui !… »dira le policier pour manifester sa réprobation. « Ce n’est pas le patron, c’est moi qui a demandé qu’on me l’emmène ! »., coupa Salva en haussant le ton …Me relâcher.. ?Je n’en croyais pas mes oreilles .Au même moment Merdji ,un Boufarifois devenu collaborateur, m’aperçut. IL me salua .Ayant vu qu’on me libérait,,il me proposa de m’accompagner jusque chez moi. Dehors il faisait déjà nuit. L’heure du couvre feu ( vingt heures) était depuis longtemps passée. Etait ce un traquenard pour m’abattre en cour de route ? Je me souvins du massacre de pauvres bougres de hammam Bentobal. J’imaginais ce Merdji leur complice, m’entraîner vers le piège. Il marchait près de moi dans des rues désertes. Je me dis ,qu’encas d’embuscade, je m’accrocherai à lui afin qu’il subisse le même sort .J’en voulais particulièrement à ce garçon parce que l’on avait chassé la famille de mon ami Boualen de son domicile ,pour l’installer à sa place. .Enfin de compte ,nous arrivâmes sans encombres jusqu’à mon domicile IL me souhaita une bonne nuit et revint sur ses pas. Pourquoi avait il agi ainsi ?Parce que nous étions tous deux Boufarikois ?Il y a probablement un peu de cela. Je crois aussi ,avoir joui d’un préjugé favorable, en souvenir de la bagarre que j’eu jadis avec Arnéra, à la SCA ,avant de m’en aller en France .Lui aussi travaillait avec nous lors de cet incident qui me valut respect et considération…
Lorsque ma mère m’ouvrit la porte , »Tu te rends compte à quelle heure tu rentres ?, c’est presque l’heure du couvre feu !. tu aurais pu rentrer un peu plus tôt !.. » » me lança t elle, sur un ton de reproche.. » .20 heures sont passées depuis longtemps maman » dis je .Lorsque je lui expliquais ce qui s’était passé, elle faillit s’évanouir...Quand à mon cousin Abdelkader ,nous savions tous qu’il était monté au maquis. C’était même la raison pour laquelle ,il nous rendit visite ,prendre le café et nous dire adieu. .Il fut chef de pièce et tombera quelque part dans les Aurès. .A goret ou il habitait avec ses parent ,une rue porte aujourd’hui son nom.
Lors de mon arrestation, je n’avais pas fait attention à la douleurs par suite des coups reçus .Mais une fois chez moi ,je ressentis une espèce d’oppression opaque dans la poitrine, rendant difficile ,ma respiration .Elle persistera durant plus d’un an ,avant de disparaître progressivement.
Cinq ou six semaines avant l’ accrochage près de la ferme Chaber entre Ghraba et Boufarik, Si El Mahdi était venu se plaindre d’un fait injuste et imprudent ,commis par un jeune responsable.
A Bahli ,comme un peu partout dans le pays, il y avait un ancien combattant de l’armée Française. Un grand nombre de ces éléments, constituèrent d’ailleurs l’ossature de l’ALN .Par suite d’un sabotage des poteaux téléphoniques par la résistance ,l’armée Française riposta comme elle le faisait souvent, en pénalisant collectivement ,tous les villageois. Pour échapper aux foudres de l’occupant ,le retraité crut bon d’exhibe ses médailles gagnées durant la guerre mondiale en pensant que celles ci l’immuniseraient des représailles. Remarqué par l’officier français, il fut chargé de collecter l’amende auprès des villageois .Le fait de n’avoir pas refusé cette tache même au risque de sa vie exposait inévitablement l’auteur à des sanctions de la part des résistants .IL ne l’ignorait pas .Il ne tarda pas à s’en rendre compte. .Une nuit ,il lui rendirent visite mais étant sur ses gardes, il se barricada Lorsqu’ils essayèrent de défoncer la porte, il se mit à hurler. C’était l’aube. Le groupe s’en alla, non sans lui promettre « des retrouvailles pour bientôt.. »
Le lendemain ,terrorisé, le retraité qui en cette circonstance prouva qu’il connaissait Si ElMahdi en tant que délégué de la résistance, dans le village, alla le trouver pour le supplier de plaider en sa faveur auprès des « frères. »J’ai commis une faute » reconnaîtra t il « sanctionnez moi mais épargnez moi seulement la vie ! soyez sur que je ne recommencerai pas.. »Prudent, SI El Mahdi prétendit qu’il ne connaissait pas de maquisards ,mais au cas ou il en rencontrerait un… ,il ne manquerait pas de lui transmettre cette requête.
Sur intervention de Si El Mahdi, le retraité fut gracié à une condition : payer l’équivalent de la somme collectée plus cinquante mille francs en guise de sanction. L’ancien militaire se soumit à la décision .Pour s’acquitter ,il vendit les quelques têtes de bovins qu’il possédait et fut soulagé de sauver sa tête dans une affaire désormais classée…
Un soir, au coucher du soleil, celui qui n’était encore que le secrétaire d’un responsable local , de passage par là ,après un périple de plusieurs jours dans la Mitidja, rencontra le retraité en train de faire paître ses quelques moutons juste après la route goudronnée se Soumaa, au pieds de la montagne.. »Tiens tiens ! te voilà toi ! » lui dira t il. Avec l’aide de ses compagnons, il ligota l’homme puis tout en faisant mine d’écouter les explications du captif ,il l’amena vers le ravin ou sans autre forme de procès, il l’immola..
En apprenant ce qui s était passé Si El Mahdi qui me raconta tout cela en détail ,fut bouleversé. Il ne fut pas le seul. Complètement écœuré, voir révolté, je fis un rapport assez violent .J’expliquai que non seulement cette injustice était la négation des valeurs que je défendais, mais je précisais qu’en dehors du coté moral de la tragédie ,le danger que constituait un tel acte .Comment pourrait on nous faire confiance si nous ne respectons pas nos promesses ?,la parole donnée ?..
Mon rapport fut remis lors de ma dernière réunion .Les quelques semaines qui suivirent furent très pénibles pour nous, après la mort de frères comme Moha civil ,le propre fils de Si El Mahdi .Un peu. plus tard, Si EL Mahdi ,comme son épouse disparaîtront en moins d’un an, de mort naturelle. , Le chagrin doit y être pour quelque chose.
Depuis ma prise de contact avec les maquisards, j’avais toujours eu avec eux des relations cordiales ,empreintes de courtoisie. .Il m’arriva même d’avoir le sentiment d’un privilégié .Je me souviens qu’une fois, alors que j’étais avec un groupe sous l’autorité de Boualem Cherchali .Nous passâmes la nuit à Khedham ,un village à l’est de Boufarik, dans une maison abandonnée par son propriétaire. Quelqu’un me demanda de faire mon tour de garde .Boualem refusa malgré mes protestations,sous prétexte que j étais. .un « invité. .qui partait dès le levé du jour.. ce qui me déplut.. Ce commando avait pour mission de reprendre les opérations dans la capitale ,après les dures épreuves qui suivirent « la bataille d’Alger » .Ce fut ma dernière rencontre avec mon ami Boualem. Il laissa une fille hamida que j’ai déjà cité, et un bébé, Sid Ali ,que par suite de certaines circonstances ,je ne connaîtrai jamais .En écrivant ce texte ,il doit avoir 45 ans.
Ce matin là, un nouveau messager vint m’informer de la réunion qui devait se tenir dans une maison au nord de la ville ,près de la ferme Zidane .C’ était un après midi .J’étais avec mon adjoint Lounès Bellouche . En face de moi ,il y avait trois hommes qui m’étaient complètement inconnus .L’un d’eux prit la parole et présida à la réunion. Sans qu’il le précise, d’après le ton autoritaire qu’il utilisa , on sentait qu’il était responsable. .Déjà, avec sa façon de s’adresser à moi, l’air coincé, comme s’il parlait à son valet ,m’agaçait. « Il paraît que tu défends les fils de Fafa (l’armée Française) » me dit il ,à brûle pourpoint. J’eu une grande envie d’exploser., Contrairement à ma tendance impulsive, je sus me maîtriser ,et expliquer les raisons de ma réprobation. L’homme assis en face de moi ,devait probablement être un courageux combattant, mais sur le plan politique, dans sa tête, il me sembla qu’ il n’avait rien !..Quoi lui dire ?Il ne fallait surtout pas heurter cet homme si imbu de sa suffisance ,en lui faisant sentir mon irritation. En fait, ce n’était pas une réunion de travail ,mais un réquisitoire ,dans une salle de tribunal.. .Après le cas du supplicié ,ce monsieur contesta la façon de distribuer les allocations aux bénéficiaires !..etc. pour enfin décider « Tu montes avec nous !.. » . Je lui dis que j’étais prêt ,mais il fallait remettre tous les documents en ma possession ,à mon adjoint Lounès présent avec nous. Je demandais à ce dernier de m’accompagner en voiture ,jusqu’à la maison et me ramener .Sur tout le trajet ,ce fut le silence .Une fois chez moi ,je lui remis les documents en ma possession, tel le carnet aux pages tamponnées, la liste des cotisant. .et …A bon entendeur salut !.Je demandais à Lounès de dire à ce « seyed «’monsieur) Dez maa houm ! « (va te faire foutre !..).Bellouche n’en revenait pas. IL me supplia de revenir sur ma décision. Je lui dis de ne pas insister. Il pleura ;moi aussi. Pour moi désormais, Abdesslam ,était mort et enterré.
.Je prévins mes principaux collaborateurs , comme Mahmoud Amrandi, qui était d’un dévouement admirable, Mouloud Titteri de mon départ et au sujet de mon successeur ,sans autre explication ni commentaire, car à mes yeux aucune critique à l’encontre des maquisards n’était permise .Cela ferait le jeu de nos ennemis.
A la mairie, il y avait un secrétaire européen ami de mon oncle Omar .Je lui dis que je désirai repartir en France travailler pour ma famille et que j’avais besoins de l’autorisation communale exigée a cette époque, pour traverser la mer. Moins d’une semaine après ,je prenais l’avion ,bien décidé à tout oublier ,à ne plus penser qu’a moi et aux miens. En somme, je démissionnais. Quelqu’un se mit à me harceler ,en me disant ; . ».c’est une démission ou une désertion ?..En temps de guerre une désertion est un acte de trahison, passible de la peine de mort.. ! ».Ce quelqu’un ,c’était ma conscience .Elle refusait de se taire..