Papy, c’est quoi un Boufarikois ?
Surpris, par la question, je me retourne. Il se tient là devant moi, bientôt 6 ans, tête blonde, ses grands yeux bleus me fixent, Pierre, mon petit fils attend une réponse. Si le mot "Boufarikois" était au dictionnaire, il signifierait à peu prés "Habitant de la ville de Boufarik à 30 Kilomètres au sud d’Alger". Un déclic se produit dans ma tête et d’un seul coup, je me retrouve rue Borely La Sapie, l’instant d’après, je suis sur le boulevard Gros et rue Duquesne, mais me voilà en face du buste d’Amédée Froger, notre ancien maire assassiné, juste devant la Mairie, mais je me sens transporté comme par magie, dans la cour de l’école de garçons Jean Louis Pagès, dans la classe de Monsieur Alles, je me déplace à une vitesse incroyable car je suis dans la rue des orangers, il y a des maisons de chaque coté entre autre celle de Monsieur Emile Brocard, le père de mon instituteur Georges Brocard que j’ai eu à Médéa, plus loin, la maison de madame Bagur et je passe le tourniquet pour me retrouver dans le grand marché. Mais mon voyage à Boufarik n’est pas fini car subitement, je suis dans l’appartement de mes parents, au 36 boulevard Carnot, juste en face de l’épicerie Grégorie, au numéro 36, il y a une cour intérieure, je monte le vieil escalier en bois et me voici chez ma tante et mon oncle Henri Dionet et voilà que je joue avec ma cousine Marie Jane, l’aînée de la famille, qui est un peu plus jeune que moi. L’instant d’après je me sens visé par le doigt et le regard du sergent Bandan qui se tient debout sur son socle. Les cinémas Colisée et Tivoli, dans l’église, avec la chorale me voilà en train de chanter la messe du dimanche, dite par l’abbé Pérès. Voici le stade et le monument des Colons, le monument aux Morts et le cimetière ou sont enterrés mes deux grands pères et ma tante Antoinette Arbona. Pour être complet, il me faut dire que je possède, comme tous les Boufarikois, ce don particulier de pouvoir, sans me déplacer de Saint Martin Belle Roche, le village ou je vie aujourd’hui, me rendre, uniquement par la pensée, dans tout Boufarik et je ne m’en prive pas. Je vais Chez Sylvain Viot, Philippe Escriva, Michel Perès, Marcel Martinez, André Valéra, chez Jean Lardierre et Lucien Geoffroi avec Jean Marie Capo et André Escriva, je n’oublie pas Gérard Laubadaire et David Dominique, Henri Jailli, Claude Sintes et Jean Paul Barbere bref chez tous mes copains Boufarikois. Je ne me prive pas non plus de rendre visite à ma famille, par exemple mes cousins Arbona et leur père, mes cousins Brousse et leurs parents, et me cousins Laforgue et leurs parents et tous les autres Boufarikois.
Je suis en plein voyage astral et tout à coup, je me sens tiré par la manche de mon pull, tiré de mon rêve éveillé, a t’il duré une minute ou un quart d’heure? je ne saurais le dire mais Pierre est toujours là ; Papy, c’est quoi un Boufarikois ?
-Oh mon petit enfant, pardonne moi, je rêvais, un Boufarikois, c’est, voyons un peu, oui, un Boufarikois c’est quelqu’un comme moi qui vivait à Boufarik il y a plus de quarante ans et qui en est parti mais qui peut y retourner en rêve et sais-tu ce qui vient de m’arriver?
- Non papy, qu’est ce qui t’est arrivé?
- Eh bien, j’étais parti à Boufarik voir tous les Boufarikois et sais-tu ce que j’y faisais?
- Non Papy, qu’est ce que tu y faisais?
- Je suis allé leur souhaiter une bonne et heureuse année 2004, avec tout plein de bonnes choses. Cela était pour moi, un plaisir. Mais je ne t’oublie pas mon petit enfant car toi aussi tu es indirectement, par moi, issu de Boufarik, je te souhaite donc de même qu’à toute ma petite famille, tous les bonheurs pour l’année 2004.
Claude Cervera.
le site: http://www.boufarik.org