LE MAUSOLEE PUNIQUE DE DOUGGA

Un siècle de photos en haute résolution

Datant du deuxième siècle avant notre ère, est unique au monde et si aujourd'hui il est encore debout, amputé de quelques uns de ses ornements, c'est grâce au Service des Antiquités qui, de 1908 à 1910 sous la direction de L. Poinssot, l'a relevé de ses ruines. En 1860, V. Guérin, chargé par le ministre de l'instruction publique de relever dans la Régence de Tunis toutes les inscriptions antiques qu'il pourra trouver, décrit l'état dans lequel il a trouvé ce monument et pourquoi il est dans cet état.

Nous arrivons à Dougga.
Je me fais conduire aussitôt par un, habitant au célèbre mausolée qui était revêtu il y à quelques années encore; de la fameuse inscription bilingue punique et libyque, dont une copie avait eu le privilégie d'exercer la sagacité des plus savants orientalistes de l'Europe. Ce mausolée est l'un des monuments les plus remarquables de l'antique Thugga, jadis ville étendue et florissante, comme le prouvent les ruines considérables qu'on y trouve, aujourd'hui pauvre hameau de trois cents, habitants environ, qui a retenu, à peine altéré, son nom primitif, dans la dénomination actuelle de Dougga.
Pour se rendre à ce monument, il faut descendre de la colline, dont ce petit village occupe le plateau. Les pentes méridionales en sont plantées d'un vieux bois d'oliviers, au milieu duquel on admire les débris. de ce magnifique tombeau.
Il était aux trois quarts intact il y a dix-huit ans.

 

Le mausolée avant restauration

Depuis, cette époque, il a été en partie détruit par sir Thomas Reade, alors consul général d'Angleterre à Tunis, qui en fit démolir toute une façade par les habitants de. cette localité. Son but était d'enlever, afin de le faire scier en une tablette plus transportable, un énorme bloc engagé dans la façade orientale du mausolée. Ce bloc, en effet, était revêtu de deux inscriptions, l'une punique et l'autre libyque.

Pour le détacher de la façade dans laquelle il était encastré, il fallait retirer préalablement tous les autres blocs qui étaient superposés à ce dernier; mais comme les Arabes que sir Thomas Reade employa à ce travail étaient dépourvus des: moyens et des instruments nécessaires pour l'exécuter méthodiquement et sans nuire à l'ensemble du monument, ils précipitèrent du haut en bas ces blocs supérieurs en les soulevant avec de forts leviers et les tirant ensuite avec des cordes. Ces blocs en tombant du sommet de l'édifice brisèrent dans leur chute les angles des assises inférieures, l'ébranlèrent en partie, et accumulèrent à l'entour un monceau de débris gigantesques qui ne permettent plus maintenant de pénétrer dans l'intérieur des chambres sépulcrales d'en bas.
Néanmoins, il est facile de reconnaître la forme primitive du mausolée.
Il s'élevait sur un terrain incliné en pente douce. Là où le sol baisse le plus, on compte six gradins qui servent comme de soubassement;. à l'endroit opposé, il y en a moins, sans que je puisse en déterminer le nombre, à cause de la quantité de blocs renversés qui sont amoncelés de ce côté. Le monument a été construit en retrait sur le gradin supérieur : sa longueur est de six mètres quarante-quatre centimètres et sa largeur de six mètres dix-huit centimètres; ainsi il forme un rectangle presque carré: Chacun de ses quatre angles était orné d'un pilastre ionique cannelé dont les débris gisent à terre. Il était divisé en deux étages, le premier étage renfermant quatre petites chambres sépulcrales et le second deux seulement. Celui-ci, à moitié démoli et écroulé sur l'étage inférieur qui est de la sorte presque entièrement enseveli, était lui-même surmonté d'une espèce de pyramide, aujourd'hui complèternent détruite, et qui, en retrait sur le second étage, couronnait le mausolée.
Ce superbe tombeau à été tout entier bâti avec de belles pierres de taille d'un très grand appareil et provenant d'une carrière creusée dans les flancs d'une montagne voisine de Dougga. On pénétrait dans les chambres du premier étage par deux ouvertures rectangulaires, tournées l'une vers l'est, l'autre vers le nord; le second étage n'avait qu'une entrée. Ces ouvertures étaient fermées au moyen d'une dalle qui se baissait et se levait à volonté, engagée qu'elle était dans deux rainures verticales et parallèles.
Parmi les blocs épars ou pêle-mêle entassés qui obstruent les abords du monument, j'ai aperçu du côté droit le tronc d'une statue de femme ailée; le tronc, la tête et les bras manquent: j'ai remarqué aussi sur un bloc long de un mètre soixante cinq centimètres et large de 89 centimètres un haut relief représentant un char tiré par quatre chevaux.

Le conducteur qui les dirige est très mutilé:les chevaux paraissent s'avancer au galop; ils sont figurés avec hardiesse mais de cette manière un peu roide qu'on observe souvent soit dans l'enfance, soit dans la décadence de l'art. De l'autre côté du mausolée, j'ai trouvé également une seconde statue de femme ailée, mutilée comme la première et un haut relief identique au précédent. Ces deux statues et ces deux hauts reliefs devaient orner la partie supérieure, aujourd'hui écroulée, du monument au pied duquel on les voit maintenant.
A quelle époque et pour quels personnages a été construit ce mausolée? C'est là une question que seule peut résoudre l'inscription bilingue dont j'ai parlé. Celle-ci est depuis quelques années au Musée Britannique de Londres où a été transportée la tablette sciée sur la pierre qui en était revêtue.
La planche ci-jointe que M. le duc d'Albert de Luynes a fait graver depuis l'original, pourra permettre aux orientalistes, par le soin minutieux avec lequel elle a été exécutée, de rectifier les explications données par Gesenius d'après les copies relevées en Tunisie par MM Grenville-Temple et Honneger. C'est à eux qu'il appartient, en l'interprétant, d'en tirer toutes les conclusions que l'on peut en déduire.