Le TGM, un train précolonial synonyme de loisirs en banlieue de Tunis
Par Hamida Ben Satah
Article paru dan le Jeune Indépendant du 07/0/2004.
Merci à Abdelaziz de Saint Arnaud qui me l'a envoyé.
Entre Tunis, La Goulette et la Marsa circule toujours le fameux «TGM»,
un train permettant aux Tunisois de fuir la canicule pour aller sur les plages
de la banlieue nord, chargé d'histoire pour avoir été, il y a 132 ans, le
premier moyen de transport collectif à voir le jour dans une cité africaine.
Avant Le Caire et Alexandrie, Tunis s'était dotée d'un train de banlieue, note
Taouik Belhareth, auteur d'une étude historique sur le TGM (Tunis-Goulette-Marsa)
et la naissance du réseau de transport tunisien.
C'est bien le TGM qui fut à l’origine de l'extension de Tunis vers le nord,
créant ainsi ce qu'est devenue ensuite, en front de mer la banlieue la plus
prisée et la plus pittoresque
Immortalisé par Un été à La Goulette du cinéaste Férid Boughdir, figurant dans
tous les guides, le TGM -qui musarde sur près de vingt km- apparaît comme une
figure incontournable de la littérature judéo-francophone et les récits de
voyages d'illustres écrivains à la fin du XIX et XX Siècle.
Du train blanc de l'époque, le service commercial de la société du Métro Léger
de Tunis, qui gère la ligne actuellement, ne conserve plut qu'un spécimen des
voitures originales promis à un musée en gestation.
Un parasol sous le bras, l'autre enlaçant sa copine, Karim, 18
ans. s'impatiente au guichet à l'idée de commencer au plus vite une journée à la
plage. Mais ni lui ni Narjess, 16 ans, ne savent que le train qu'ils prennent
pour une journée de plaisir loin de la chaleur de Tunis est plus que centenaire.
II est toujours trop surcharge. Nous le prenons à défaut de faire comme les
jeunes de la Jet Set qui vont à la plage en voiture, lance Karim, jouant des
coudes dans la foule d'estivants: des familles entières avec couffins remplis de
provisions, ustensiles de plage, jouets et enfants de tout âge. Appuyée sur sa
canne, Meherna, 78 ans, redresse le dos et lance un Ah! nostalgique en se
remémorant les temps où, enfant, jeune et adulte, elle prenait ce même tram avec
ses voisines et sa famille.
-On n'était jamais bousculé et on avait du respect pour les personnes âgées, se
lamente-t-elle accrochée au bras de son petit-fils pour son énième voyage à bord
du TGM.
Le premier train a été inauguré par son Altesse Mohamed Sadok Bey le 31 août
1872. La dynastie affaiblie de l'époque se payait ainsi un caprice sous la
pression des puissances coloniales qui se disputaient la Tunisie quelques années
avant l'instauration du protectorat de la France (1881-1956). Français,
Hollandais, Américains étaient sur les rangs pour le TGM, mais c'est un Anglais
qui l'emporta. Voiture oblige, le TGM a perdu un peu de ses clients. (19,7
millions en 1998 et 17 en 2003) mais son image reste liée à la recherche du
plaisir, du rêve et du dépaysement.
On peut encore prendre le TGM en été pour aller à la plage, aux concerts
nocturnes â l'amphithéâtre de Carthage, dîner à la Goulette, déguster une glace
à la Marsa, fumer un narguilé sur les terrasses de cafés au pittoresque
Sidi-Bou-Said, offrant la vue la plus saisissante de la baie de Tunis.
Comme autrefois, quand les familles juives ou musulmanes aisées fuyaient la
canicule de la ville pour s'installer l'été à La Goulette...
En Souvenir du charme d'antan, certains reviennent de loin pour le train de leur
enfance ou de leurs parents. Ils montent juste pour humer l’odeur ou simplement
rêvasser devant les bateaux en rade du port de La Goulette, raconte Mondher,
contrôleur du train.
Pour Imed, 34 ans, chef de service de la ligne, «le mythe du TGM n’existe plus
que dans les livres. Avec l'urbanisation et la voiture, ceux qui le prennent
sont démunis et n'ont aucune idée de son histoire centenaire».

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La banlieue nord de Tunis en 1900