Voilà déjà l'introduction du guide Piesse publié en 1888 pour la Tunisie, le reste viendra peut-être.

 

TUNISIE      APERÇU GÉOGRAPHIQUE

La Tunisie, l'Africa des Romains, qui comprenait la Byzacène et la Zeugitane, s'étend du 32° 20' au 37° 20' de latitude N. et du 5° 40' au 9" 12' de longitude E. ; elle est bornée au N. et a. l'E. par la Méditerranée; a. l'O. par l'Algérie; au S. et au S.-E. par le Sahara et la Tripolitaine, du côté de la mer, par l'oued Makta près duquel n'existe aucun poste de surveillance; sa superficie, diversement évaluée par MM. Girard, de La Berge, I. Perpétua, Rocca, H. Duveyrier et 0. Reclus, serait, d'après M. le colonel Peigné, de 105,000 kil. carrés.

Division naturelle.

Comme l'Algérie, la Tunisie comprend le Sahel, le Tell, les Steppes et le Sahara ou Djerid.

Le Sahel, bordant les côtes sur une profondeur de 10 à 15 kil., est la région la plus riche en terre végétale et la plus fertile en oliviers, en céréales et prochainement en vignes; le Dakhlat-el-Mahouin, quoique coupé de collines, et le bassin inférieur de la Medjerda font partie du Sahel.

Le Tell, partie montagneuse arrosée par les pluies d'hiver, comprend cependant quelques vallées comme celles de la Siliana, du Mellègue et du Merguellil, vallées à céréales, tandis que les vergers et les forêts couvrent les montagnes; ces montagnes se terminent parfois en plateaux pierreux, hammada.

Les Steppes, participant du Tell et du Sahara, présentent généralement une succession de plateaux à halfa, à plantes aromatiques et à plantes que paissent de nombreuses bandes de moutons et de chameaux.

Le Sahara, en Tunisie Belad-ed-Djerid (le pays de la palme), comprend les chotts, les dunes de sable et les oasis dont les dattes sont réputées les meilleures de l'Afrique. Comme dans les Ziban, l'oranger, le figuier, la vigne, l'olivier et les légumes sont cultivés avec les palmiers.

Orographie.

Les montagnes de la Tunisie appartiennent à la grande chaîne de l'Atlas, qui commence sur les bords de l'Atlantique, traverse le Maroc et l'Algérie et se prolonge jusqu'au cap Bon, projetant comme dans. ces deux pays ses nombreuses ramifications, bien que l'on rencontre ça et là quelques groupes qui semblent isolés. Toutes ces montagnes, généralement peu élevées, sont nombreuses; voici les noms des principales :

En allant de l'O. à l'E., entre le littoral et la rive gauche de la Medjerda : l'Addeda, le Bir, le Sidi-Abd-Allah, le Sma, le Tehent et le Dar-er-Roumel.

Sur la rive droite de la Medjerda, entre la frontière et l'oued Mellègue : l'Ahmar-mt'a-Ouerr'an, le Ledjebel, l'IIarrab.

Entre l'oued Mellègue et l'oued Siliana : lë Ghorra, le Raz'aouan, le Dis-el-Kef, le Tarfa, le Sfi et le Tricha.

Entre la Siliana et l'oued El-Kebir : le Rihan, le Klab, le Bargou; plus bas, entre la Siliana et l'oued Marouf, le Serdj, le Bellota, le Zilk. A droite de l'oued Maroub : la chaîne du djebel Ousselet.

A gauche de l'oued Merguellil : le Tebaya, le Kraïb, le Cherichira ; à droite : le Berderou, le Guerria, le Trozza.

A gauche de l'oued Melian : le Zar'ouan et le Djoukar, et, en remontant, le R'sas et le Bou-Korneïn.

Au Sud : le Guelaâ, le Semata, l'Halonk, le Tiouach. Plus bas enfln le Bou-Hedma et l'Arbet. Toutes ces montagnes, ont généralement de 800 à 1,200 mètres.

Hydrographie

Rivières. — La principale rivière de la Tunisie est la Medjerda, le Bagradas des anciens, qui naît en Algérie à l'O. et non loin de Souk-Ahrras, pénètre en Tunisie, à côté de Ghardimaou, et va se jeter par deux branches dans le R'ar-el-Melah, au-dessus de Bou-Chateur, Utique.

La Medjerda, pas plus que les autres cours d'eau de la Tunisie, n'est navigable, mais son action est fertilisante. Les affluents de gauche de la Medjerda sont d'insignifiants ruisseaux; les affluents de droite sont l'oued Mellègue, l'oued Khaled et l'oued Siliana qui reçoivent eux-mêmes d'autres cours d'eau changeant de nom, selon l'endroit par où ils passent. L'oued Marouf et l'oued Merguellil, à droite de la Siliana, vont se perdre dans les marais de Kairouan. L'oued Melian, d'abord oued El-Kebir, à droite des djebel Djoukar et Zar'ouan, va se jeter dans le golfe de Tunis, un peu au-dessus d'Hammam-el-Enf. Il est inutile de citer tous les autres cours d'eau souvent à sec en été et torrents en hiver Les lacs de la Tunisie sont l'Echkeul qui se jette dans le lac de Bizerte, ce dernier très poissonneux, et le lac de Tunis, El-Bahira, entre Tunis et la Goulette

Les chotts ou sebkhras sont : Es-Sedjoumi, sous Tunis, au S.-O.; Kelibia, qui, d'après le docteur Rouire, serait le fond du lac Triton qu'il déplace; Sidi-el-Hani, à l'E. et au S. de Kairouan; M'ta-er-R'arra, au S. du précédent; Mechguig, à l'O.-S. du précédent; Monaïl, non loin du Bou-Hedma; El-Mellaha, au-dessous de Djerba et communiquant avec la mer, et, enfin, les grands chotts Ed-Djerid et Er-R'arsa que le commandant Roudaire voulait relier au chott Melr'ir, en Algérie, pour en faire la fameuse mer intérieure,

Climat.

La Tunisie, comprise entre les 38° et 31° de latitude N., fait partie de la zone tempérée arctique. Assez semblable, sur le littoral, à celui des côtes méridionales de l'Europe, .le climat, varie, dans l'intérieur, en raison de l'altitude; la moyenne annuelle de la température, qui atteint presque 22° à Bône, s'abaisse à 11° et même à 14° dans certaines parties du Tell. Par suite de cette même loi des compensations, la régence de Tunis, dont le sol est en général beaucoup moins élevé, offre de plus hautes températures : la moyenne de la saison chaude, à Soussa, est de 36°,5; celle de la saison des pluies, de 16°, et la moyenne annuelle de 24°. Le thermomètre monte accidentellement à Tunis jusqu'à 48°, sous l'influence du vent du S. qui souffle directement du Sahara sans rencontrer, comme au Maroc, la barrière naturelle de l'Atlas, et apporte, avec les exhalaisons étouffantes du désert, ces nuées de sable impalpable qui arrivent parfois jusque sur les côtes de Sicile.

Les saisons se succèdent avec régularité. L'hiver n'est autre que la saison des pluies, en janvier et février; le printemps finit avant le mois de mai. L'été se prolonge jusqu'en octobre. Les premières pluies annoncent l'automne.

Règne végétal.

Les forêts n'existent qu'au N.-O. et sur le littoral de la Tunisie; elles produisent des chênes verts, des chênes blancs, des chênes-lièges, des ormes, des frênes, des pins .résineux et des thuyas; la plupart de ces bois sont propres aux constructions navales, et Rome les exportait jadis, quand il y avait un port à Tabarca. Sur quelques points, dans le Sud, les docteurs Tirant et Rebatel ont signalé des forêts de gommiers.

Les arbres à fruits sont l'abricotier, l'amandier, le pêcher, le pommier, le prunier, le poirier, le grenadier, le figuier, le néflier, le pistachier, le jujubier, la vigne, le figuier de Barbarie; mais surtout l'oranger, le citronnier; enfin l'olivier qui donne lieu à un considérable commerce d'huile, et le palmier-dattier sans lequel les populations sahariennes ne sauraient exister.

Les céréales sont le blé dur et le blé tendre, l'orge et le maïs.

Les légumes, c'eux du Midi de la France.

Les plantes textiles sont le coton, le chanvre, l'halfa, très commun, l'aloès, l'ortie.

Les fourrages viennent sans culture.

Le tabac et le pavot sont très bien cultivés.

Les plantes tinctoriales comportent le carthame, l'indigo, la garance et le henné.

Les Français possèdent environ (1886), 300,000 hect. de terres évaluées 8 millions de francs, dont 53,236 cultivés en céréales, 16,852 en cultures diverses et 2,224 en vignes. Les animaux affectés à l'exploitation comprennent 592 chevaux, 4,461 bœufs et 7 chameaux.

Règne minéral.

Les métaux comprennent le fer, le cuivre, le plomb, le mercure et l'argent; on trouve, dit-on, de l'or au Bou-Hedma, dans. le Sud de la Tunisie, et le sable de la Goulette serait aurifère (?). Jusqu'à présent, le plomb seul est exploité au djebel R'sas (montagne du plomb). La Société de Mokta-el-Hadid, près de Bône, vient d'obtenir une concession de mines de fer dans le pays des Khroumirs, avec obligation de créer un chemin de fer du lieu d'exploitation à Tabarque. Des permis de recherches ont été accordés à un comité d'études de mines.

Les sources thermales et minérales, dont quelques-unes étaient connues des Romains qui avaient su les aménager, sont celles : de Hammam-el-Enf, deKourbès, de Hammam-Zeriba, de Garzi, de Hammam-Sguededi, de Gafsa, de Sidi-Haket à El-Hamma, de Nefta, de Sbeïtla, de Bizerte, de Bou-Chateur et, au delà, de Béja.

Le sel et le salpêtre, abondants en Tunisie, ne donnent pas lieu à un grand commerce.

Le marbre, la pierre, le plâtre, sont communs. On signalera le marbre rosé veiné de blanc de Chemtou exploité du temps des Romains pour le compte de la maison impériale : quelques blocs non utilisés portent encore la date de leur extraction et un numéro d'ordre. La carrière est exploitée aujourd'hui par une Société franco-belge.

Règne animal.

Les animaux sauvages sont le lion et la panthère qui commencent à disparaître, la hyène, le chacal, le lynx, le renard, l'antilope, la gazelle, le mouflon, le sanglier, le porc-épic, le raton, la loutre, la gerboise.

Les animaux domestiques, le cheval barbe, l'âne, le mulet, le chameau, le bœuf, petit généralement, et le mouton à large queue.

Les oiseaux sauvages sont ceux de l'Algérie, mais en plus le flamant.

Les oiseaux de basse-cour offrent les mêmes variétés.

Les reptiles, insectes, mollusques, poissons, etc.,, ne donnent lieu à aucune remarque particulière. On mentionnera cependant la naâdja, vipère des jongleurs, qui se trouve dans le S. de la régence, surtout dans les environs de Tina, et l'éponge pêchée aux environs de Sfax.

Population.

Le chiffre de la population, diversement établi, serait cependant ramené à environ 1,500,000 habitants.

La. population musulmane est composée de Maures habitant les villes, d'Arabes vivant sous la tente, et de Kabyles logeant dans des gourbis en branchages et en torchis, ou des bâtisses en pierres sèches, plus ou moins recouvertes en tuiles. Les nègres sont un peu partout.

La population européenne comprendrait, en chiffres ronds : Français, 4,000 sujets, 2,000 protégés; Italiens, 10,000 sujets, 20 protégés; Anglais, Anglo-Maltais en grande partie, 9,000 sujets, 5 protégés; Grecs, Suisses, Autrichiens, etc., 1,620 sujets et 180 protégés.

La population juive appartenant soit à la Tunisie, soit à titre de protégés aux différentes nationalités européennes, compte 45,000 habitants.

Administration.

En dehors du protectorat de la France qui sauvegarde la sécurité du pays et l'administration financière, le gouvernement de la Tunisie est absolu; le pouvoir beylical est transmis de mâle en mâle à l'aîné de la famille, sans égard au degré de parenté. L'héritier présomptif prend le titre de bey du camp. C'est lui qui, récemment encore, allait avec des troupes percevoir des impôts dans les tribus.

Le bey gouverne la régence avec le concours d'un ministère qui comprend : un premier ministre chargé des finances, un ministre des affaires étrangères dont les fonctions sont exercées, depuis la signature du traité du Bardo, par le ministre résident de France, un ministre de la plume, un ministre de la justice, un ministre des travaux publics, un ministre de la guerre, un ministre de la marine. Une commission financière, présidée par le premier ministre, comprend, parmi ses membres, deux Français, deux Italiens et deux Anglais.

Divisions administratives.

Tous les gouverneurs et kaïds sont placés sous le contrôle et la surveillance soit des contrôleurs civils soit des commandants supérieurs de cercle. Les gouverneurs ou kaïds touchent les impôts de capitation et les dîmes; ils règlent les questions litigieuses en premier ressort et les affaires de simple police.

Les circonscriptions civiles comprennent :

La Goulette et la Marsa, l'Ariana, Sebalat, la Manouba;

Nebeul, Ouatan-Kebli, Mornak, Zaghouan, Hammam-Lif;

Soussa, le Sahel, Monastir, Mehedia, l'Enfida, Oulad-Saïd ;

Sfax, les îles Kerkenna, Metellit;

Kef, Teboursouk et les tribus;

Gafsa, El-Gueltar, Touzeur, Nefta, Oudian, El-Hammam, Nefzaoua et les tribus.

Les cercles militaires comprennent : Tunis, Tebourba, Bizerte, Beja,

Mateur et les tribus; Souk-ed-Djema, Aïn-Draham, Sousse, Kairouan,

Hadjeb-el-Aïoun, Gabës, Djerba, Nefta et les tribus; Gafsa et les tribus;

El-Aïacha, Feriana, Touzeur.

Divisions militaires.

L'armée française a Tunis pour chef-lieu de division.

Les trois divisions sont Tunis, comprenant ; La Manouba, la Goulette, Zaghouan, Bizerte, Aïn-Draham, Souk-el-Arbâ, Tabarka, Béja, le Kef et Souk-ed-Djema;

Sousse, comprenant : Sfax, Monastir, Kairouan, Sidi-el-Hani, Hadjeb-el-Aïoun et Mehedia;

Gabès, comprenant : Djerba, Metameur, Gafsa, El-Aïacha, El-Hafey,

El-Guettar, Feriana et Touzeur.

Justice.

La justice rendue par le bey est expéditive; les pénalités sont l'amende, la bastonnade, la prison, le bague et la mort. Les Turcs et les Koulour'lis, fils de Turcs et de Mauresques, condamnés à la peine de mort, sont étranglés, comme ils l'étaient à Alger, au temps des pachas; les Maures sont décapités; les Arabes nomades et les juifs sont pendus.

La justice musulmane est encore exercée par le ferik, lieutenant du bey à Tunis, les kaïds et les cheikhs et enfin les tribunaux religieux ou charâa.

Les étrangers étaient, jusqu'à présent, jugés par les consuls et juges-consuls de leur nation; mais la création, par le gouvernement français, d'un tribunal de première instance à Tunis, et de justices de paix à Tunis, la Goulette, le Kef, Sfax, Sousse et Bizerte, a introduit des modifications profondes dans la justice des consuls dont les nationaux se présenteront désormais devant nos tribunaux.

Religion.

Les musulmans suivent quatre rites : le maleki, le hanefi, l'hambeli et le chafaï, mais principalement les deux premiers. Les insulaires de Djerba sont khramsés ou cinquièmes, c'est-à-dire hérétiques, comme les Mzabis en Algérie. Les mosquées, zaouïas, mdersas ou simples koubbas dans lesquelles les musulmans font leurs prières, sont fort nombreuses en Tunisie.

Les juifs, divisés en tounsi et gourni, avec leurs consistoires et leurs budgets séparés, possèdent également de nombreuses synagogues.

Les catholiques du diocèse de Tunis, qui relève de l'archevêque de Carthage et d'Alger, vont prier dans l'église de la rue Mordjani, desservie par les pères capucins, et dans l'église cathédrale, provisoire, del'avenue de la Marine. — Saint-Louis de Carthage, Sousse et Sfax ont des chapelles.

Les chrétiens grecs et les protestants anglais ont également leur église et leur temple à Tunis.

Instruction publique.

Avant le protectorat français, la Tunisie possédait, dans ses principales villes, quelques écoles où les enfants apprenaient à lire et à réciter les versets du Koran.

Depuis, pour satisfaire aux besoins moraux et intellectuels des nombreux colons européens répartis sur le littoral comme dans l'intérieur de la Tunisie; une direction de l'enseignement public a été instituée;

M Machuel qui en est chargé a couvert la régence d'un réseau d'écoles franco-arabes près desquelles se sont élevées des écoles libres et congréganistes

Voici maintenant comment l'enseignement est donné à Tunis :

Enseignement musulman. — 450 élèves adultes reçoivent, à Djama-Zitouna, de 44 professeurs, l'enseignement du droit musulman et de la grammaire supérieure.

Collège Sadiki ou Mdersa-Sadekia, près du quartier franc, fondé, en 1875, par Kheir-ed-Dih, qui lui constitua une rente de 230,000 piastres, 138,000 francs ; l'enseignement absolument gratuit, donné par 4 professeurs européens et 22 professeurs musulmans, à 150 élèves, 30 internes, comporte l'élude du Koran, des lettres, des sciences et des langues arabe, turque, française et italienne.

Enseignement français. — Collège Saint-Charles; c'est le collège Saint-Louis de Carthage transporté à Tunis, derrière la nouvelle église. Fondé par M" Lavigerie, il est dirigé par le R. P. Dansbourg et compte 240 élèves. — École des frères des écoles chrétiennes, dans le quartier Sidi-Mordjani. — École des sœurs. — Pensionnat des Dames de Sion.— École de l'alliance israélite pour les garçons, fondée en 1878, sous la protection de la France. — Même école pour les filles. — Enfin, collège italien et collège anglais, et institutions italienne et anglaise pour les filles.

L'Alliance française, qui a pour but de faire connaître et aimer notre langue chez les indigènes soumis à notre protectorat, dans des contrées encore barbares, afin de faciliter les relations sociales et les rapports commerciaux, a pour moyen d'action : la fondation d'écoles, des subventions accordées aux écoles qui existent déjà, l'introduction de cours français dans les écoles qui en sont dépourvues, la création d écoles normales spéciales destinées à former des maîtres, etc. La section de la Tunisie dont la création est due à l'initiative de M. Machuel, vice-président, directeur de l'enseignement, a eu pour président M. Cambon, notre ancien ministre résident, qui a puissamment aidé M. Machuel dès la création d'une œuvre dont l'utilité n'échappera à personne :

collège Alaoui ou école normale supérieure, école annexe du collège Sadiki, écoles primaires musulmanes, cours supérieur de français, cours d'adultes, cours d'arabe, voici ce que la Tunisie doit à MM. Cambon et Machuel.

Une Société carthaginoise pour la propagation des études historiques, géographiques et archéologiques, vient d'être fondée.

Une direction des antiquités et beaux-arts, confiée à M. de la Blanchère, est de création récente. Le musée et la bibliothèque sont réunis au collège Alaoui, au-dessus de Bab-Dzira.

Tunis compte une section du Club alpin français : c'est la section de Carthage.

Travaux publics.

La direction des travaux publics, pour le compte du gouvernement tunisien, est confiée à un. ingénieur français.

Routes, ponts et canaux, ports, etc., tout est à améliorer, ou plutôt à créer.

Le Fondouk-er-R'alIa, ou grand marché de Tunis, a été récemment inauguré. Ce vaste établissement, qui répond parfaitement à sa destination, est dû a. l'ingénieur en chef.

Les routes, sauf celles qui sont fort bien entretenues .aux environs de Tunis, n'existent point. Les voitures et les arabas roulent sur des pistes variables selon les saisons de sécheresse ou de pluie.

La Société de Bône-GueIma et prolongements a livré à la circulation le chemin de fer de Tunis à Ghardimaou, près de la frontière de l'Algérie, 189 kil. La ligne de Tunis à Sousse est ouverte jusqu'à Hammam-el-Enf, 15 kil. Les travaux d'Hammam-el-Enf à Sousse, de Tunis à Bizerte et de Gabès à Tebessa seront poursuivis plus tard. La ligne de Gabès à Tebessa mettra le sud de la Tunisie en communication avec tous les chemins de fer de l'Algérie. On pourra donc, dans un temps donné, voyager de Gabès à la frontière du Maroc!

Le chemin de fer de Tunis au Bardo et de Tunis à la Goulette, créé par une société anglaise, a été vendu par cette dernière à la Société italienne Rubattino.

La Société de Mokta-el-Hadid, mines de fer près de Bône, vient d'obtenir une concession, dans les environs de Tabarque, avec l'obligation de créer un chemin de fer partant de Mokta-el-Hadid, et de construire un port à Tabarque.

Une deuxième concession a été également accordée au comité des études de mines de Tabarque avec la condition de créer un chemin .de fer allant au cap Serrât, et un port au même endroit.

La direction des forêts et des mines a concédé dans les meilleures conditions pour l'État et pour les sociétés industrielles, le droit de recherches et d'exploitations minières et forestières.

Industrie et commerce.

Les indigènes fabriquent des tissus de soie, de laine et de coton. Les tapis de Kairouan et les couvertures fabriquées dans les tribus, les burnous et les kaïks tissés dans l'île de Djerba sont renommés.

Les Tunisiens brodent en or, en argent et en soie avec un art merveilleux. La sellerie, la" cordonnerie et mille objets en cuir sortent des bazars de Tunis et de Kairouan.

Les teintureries, surtout celles de Zaghouan, pour n'avoir pas les procédés européens, livrent des produits de couleurs magnifiques.

Sousse et Monastir sont connues pour leurs savonneries.

Tunis distille les essences de rose et de jasmin.

Nebeul et Djerba font des poteries.

Feriana taille des meules.

Djedeïda possède d'importantes minoteries.

Les huiles sont mal fabriquées; le commerce en est cependant considérable.

Les halfas, comme ceux de l'Algérie, sont exportés en France.

Les grandes pêcheries de thons et des poissons du lac de Bizerte sont exploitées par des Européens. Il en est de même pour les éponges et le corail.

Comme on le voit par celte rapide nomenclature, tous les éléments de l'industrie existent en Tunisie; mais cette industrie chez les indigènes a besoin d'être activée, les Tunisiens sont apathiques comme tous les Orientaux et les Européens leur font une grande concurrence. Un exemple suffira : la chachïa, cette coiffure si nationale que l'on faisait naguère en grande quantité à Tebourba, arrive maintenant de Berlin !

Le commerce, comme partout, se fait par exportation et importation. Le chiffre des exportations, d'octobre 1884 à octobre 1885, est de 32 millions de piastres ou 20,160:000 fr., et pour les importations, même période de 46 millions de piastres ou 28,980,000 fr

Le mouvement des ports, en 1882, donne 3,641 navires jaugeant 1 478 000 tonneaux; la part de la marine française est de 1,300 navires et un million de tonneaux. La Compagnie transatlantique a importé dans la période 1884-1885, 19,934,280 kilog. et exporte 7,820,963 kilog.

En résumé…" le protectorat de la France en Tunisie consiste a établir dans ce pays le bon ordre et la bonne administration; à améliorer la situation des indigènes ; à faire payer ses services militaires et administratifs par la population à qui on les rend; à faciliter aux européens l'exploitation des mines, car les races européennes paraissent être les seules qui soient aptes à l'industrie; à ouvrir des débouches commerciaux Peu de soldats, quelques fonctionnaires, beaucoup d'ingénieurs, liberté du commerce. Avec ce système, une nation européenne dépense au dehors moins de forces qu'elle n'y trouve de ressources... " {Revue politique et littéraire, 9 juin 1883.)

Par ici la sortie