J'avais 7 ou 8 ans à l'époque et mon cousin un peu moins. A l'age où les autres jouaient aux cow-boys et aux indiens, nous jouions aux fellaghas.
Apprenant un jour comment la main rouge signait ses crimes, l'idée nous est venue à mon cousin et à moi de jouer à la main rouge. Un pot de Minium trouvé dans le garage du grand père était tout désigné pour la signature. Et nous voilà parti dans les rues de Douar Chott et de Salammbô, trempant nos mains dans le pot et paf! sur une porte au hasard. Nous en avons marqué des dizaines.
Le lendemain, le jeu a tourné au vinaigre. Les adultes n'avaient rien compris et nous avions beau nier, mon cousin et moi, les restes de Minium incrustés sur nos mains nous trahissaient. Mon père n'avait pas apprécié et nous a amené à la caserne du quatrième zouave à la sécurité militaire qui nous a passé un savon magistral et nous jurions en pleurant que nous ne recommencerions jamais. Mais ce n'était pas suffisant. Il fallait aller faire des excuses.
Et c'est là que le jeu a recommencé. Escortés par des militaires en armes, nous avons parcouru les rues pour aller nous excuser partout où nous avions "signé" sur la porte et nos copains bavant de jalousie en voyant à quel point nous poussions le réalisme du jeu sont venus revendiquer leur participation. Les militaires regardaient leurs mains et comme il n'y avait pas de rouge dessus, ils étaient rejetés impitoyablement. Mais ils revenaient avec du rouge sur les mains, n'importe lequel: de la craie, des grains de grenade et le seul à être admis par les militaires au sein de notre petite main rouge s'était écrasé sur les doigts des fleurs de géraniums.
Quel plaisir quand les militaires frappaient aux portes pour annoncer à l'offensé: "Les voilà vos terroristes de la main rouge".