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Jean-Pierre-Hippolyte
BLANDAN, né le 9 Février 1819 à Lyon est un des plus purs héros de la conquête de
l'Algérie. Chef d'un détachement de 20 hommes, il s'opposa avec eux, à 300 cavaliers
arabes à Béni-Méred, le 11 Avril 1842. Ils luttèrent jusqu'à l'arrivée de secours
venant de Boufarik. Blessé par trois coups de feu à la cuisse, à l'abdomen et dans la
région lombaire, il devait succomber à ses blessures à l'hôpital militaire de
Boufarik, le lendemain
Onze avril 1842, six heures du matin. Comme chaque jour, un
détachement de soldats quitte le camp d'Erlon à Boufarik pour porter le courrier à la
redoute de Beni-Mered. Le pays n'est pas sûr, des goums de partisans guettent
l'Européen. Les gens du Khalifa de l'est, Ahmed-ben-eth-Thaiyeb-ben-Salem, des cavaliers
hadjouth sillonnent sans cesse la Mitidja, prêts à accomplir leur oeuvre de mort. Nous
sommes encore aux temps héroïques de l'installation française en Algérie. L'on ne peut
se risquer en rase campagne sans être en nombre et armé jusqu'aux dents. Aussi, le
service de la correspondance entre les postes se fait-il par détachements. Et la petite
troupe qui quitte Boufarik le 11 avril 1842, escorte le courrier jusqu'à Beni-Mered,
redoute en terre avec blockhaus, située à huit ou neuf kilomètres de là.
Ils sont seize jeunes conscrits du 26e de ligne, ayant à peine quelques mois d'école, un
brigadier, deux cavaliers du 4e chasseurs d'Afrique. Un chirurgien, le sous-aide major
Ducros, rentrant de congé, s'est joint à eux pour regagner son poste à Mered. Le
sergent Blandan commande ce détachement de vingt hommes. Avant le départ il a
scrupuleusement examiné la plaine au télescope. Elle semble déserte et calme: pas un
seul maraudeur en vue, une quiétude singulière règne sur la plaine aride.
La troupe se moque des précautions prises par le chef et devise gaiement. Au bout d'une
heure de marche elle atteint la Châbet-elMechdoufa à deux kilomètres de Boufarik, et
s'apprête à descendre dans le lit desséché de ce ravin -aujourd'hui presque comblé
quand, tout à coup, le brigadier Villars et ses deux chasseurs, qui marchent à une
centaine de mètres en avant, se replient précipitamment sur le détachement, et lui
signalent la présence, dans le ravin, de nombreux cavaliers ennemis, qui ont mis pied à
terre, dans les lauriers roses, afin de ne pas signaler leur présence.
Instant pathétique ! les fantassins de Blandan ne se font pas d'illusion sur
l'inégalité du combat qui va s'engager. Ils se défendent jusqu'à la mort. Ils n'ont
chacun que vingt cartouches, seuls les trois cavaliers auraient pu aisément faire
demi-tour et regagner rapidement Boufarik. Villars dit alors à Blandan : «Soyez
tranquille, puisqu'il y a du danger, nous le partagerons avec vous», paroles simples mais
qui traduisent le sentiment élevé du devoir des pionniers de l'Empire.
Déjà deux cent cinquante à trois cents cavaliers arabes, poussant leur cri de guerre,
surgissent du ravin. II y a là des coureurs du Khalifa du Sebaou, Ahmed-ben-eth-Thayeb,
des cavaliers de Hadjouth : Brahim-benKhouiled, Mostafa-ben-Smaïn et Djilaï-benDououad
qui en est le chef, sont vêtus du burnous rouge de l'émir El-hadj-abd-el-Kader. L'un
d'eux quitte ses compagnons pour s'approcher du détachement français et s'adressant à
son chef, facilement reconnaissable à son galon et à ses trois chevrons, lui déclare
«Rends-toi nous ne te ferons pas de mal». L'on sait ce que de tels propos signifiaient;
aussi, Blandan ajuste-t-il le cavalier arabe et tire : «C'est ainsi que se rend un
français», dit-il, tandis que le spahi tombe inerte entre les jambes de son cheval.
L'intrépide sergent exhorte ses hommes au combat. «A présent, camarades, affirme-t-il,
il ne s'agit plus que de montrer à ces gens-là comment des français savent se
défendre..., surtout ne nous pressons pas et visons juste!».
Mais déjà l'ennemi attaque, ses cris de guerre retentissent étrangement dans la vaste
plaine. Les cavaliers arabes, dont le nombre s'accroît sans cesse, enveloppent notre
détachement. Ils le criblent de balles et tournoient autour de lui comme une volée de
vautours.
A la première décharge ennemie, deux de nos hommes tombent, frappés à mort, cinq sont
blessés, un tiers du détachement est donc hors de combat. Mais ils sont déjà vengés.
II n'y a pas une de nos balles qui n'ait atteint son but. Les conscrits de Blandan tirent
bien. Mais ils doivent maintenant lutter à un contre vingt. «Serrez les rangs»,
s'écrie le sergent, déjà frappé de deux balles. II est encore debout, superbe de
courage et d'audace. Brillant ses dernières cartouches avec un sang-froid de vieux
soldat. Soudain une troisième balle l'atteint à l'abdomen. Le sergent s'affaisse aux
pieds de ceux de ses intrépides compagnons que le feu a épargnés. Rassemblant ce qui
lui reste de force et raffermissant sa voix, le brave sergent s'écrie
«Courage, mes amis ! Défendez-vous jusqu'à la mort». Ce mot admirable appartient
maintenant à la légende.
Le combat continue, acharné. Cinq hommes, debout parmi les cadavres, luttent
farouchement. Soudain le grondement du canon de Boufarik se fait entendre, dominant le
bruit du combat. Une sourde rumeur se précise peu à peu. L'Arabe, inquiet, guette
l'horizon. Certains partisans s'enfuient. Tout à coup, une troupe nombreuse de cavaliers
français s'avance dans un nuage de poussière et de sable .Ce sont les hommes du
lieutenant de Jouslard, alertés par un guetteur du camp d'Erlon. Puis surviennent des
chasseurs d'Afrique, conduits par le sous-lieutenant de Breteuil.
A leur arrivée, les Arabes s'enfuient; cinq de nos hommes ont échappé miraculeusement
à la mort: les fusiliers Bire, Girard, Estal, Marchand, le chasseur Lemercier; neuf sont
blessés: le sous-aide major Ducros, le brigadier de chasseurs Villars, les fusiliers
Leclair, Beald, Zauher, Kamachar, père, Laurent, Michel ; sept sont tués ou blessés
mortellement, les fusiliers Giraud, Elie, Leconte, Bourrier, Lharicon, le chasseur Ducasse
et le sergent Blandan. Ce dernier respire difficilement. II est emmené avec ses camarades
de combat à l'hôpital de Boufarik. Le lieutenant-colonel Morris, commandant supérieur
de la place, vient au chevet des blessés. II félicite Blandan et ses compagnons et leur
prodigue des paroles de réconfort. Pourtant Blandan s'affaiblit d'heure en heure. Tous
les soins qui lui sont prodigués n'arrivent point à le ranimer. II expire le 12 avril,
à deux heures du matin. II est inhumé le lendemain, 13 avril, avec six de ses camarades
au cimetière du camp d'Erlon.
Toute la population de Boufarik assiste à cette cérémonie d'une simplicité
impressionnante. Sur la tombe ouverte, le lieutenant-colonel Morris, vieux soldat
nord-africain, s'écriait avec émotion : «J'envie ton sort, Blandan, car je ne sais
point de plus noble et de plus désirable mort que celle du champ d'honneur!».
L'acte héroïque de Blandan et de ses compagnons n'a pas été oublié. Et si, trop
souvent, le héros obscur est délaissé par la postérité, le petit sergent français a
été l'objet d'un véritable culte de la part de la population de Boufarik, verte
émeraude de la Mitidja».
Le courage de Blandan fut cité en exemple par le général Bugeaud dans des ordres du
jour à l'armée d'Afrique, demeurés célèbres. (Ordres
généraux du 14avril 1842,du 17avril 1842, du 6 juillet 1842).
L'illustre pionnier de notre Empire africain déclarait: «L'armée et les citoyens
conserveront longtemps le souvenir de l'action héroïque des vingt braves commandés par
le sergent Blandan qui, le 11 avril dernier, entre Mered et Boufarik, préférèrent
mourir que capituler devant une multitude d'Arabes. L'enthousiasme que produisit cette
grande action est encore dans toute sa force et bien loin d'être éteint. Je ne veux pas
chercher à le raviver davantage, mais il ne suffit pas de l'admiration des contemporains,
il faut encore la faire partager aux générations futures : elle multipliera les exemples
des hommes qui préfèrent une mort glorieuse à l'humiliation du drapeau de la France».
Et Bugeaud proposait d'ériger un monument à la mémoire des héros de l'affaire
d'El-Mechdoufa. Ce projet ne fut pas immédiatement réalisé. C'est seulement en 1886
qu'un vieux colonial, le colonel Trumelet, proposa au Conseil municipal de Boufarik de
mettre au concours le projet du monument. L'idée rencontra dans tous les milieux une
approbation active. Sur cette terre désormais française, il n'était indigène ni colon
qui put demeurer indifférent au souvenir d'un combattant légendaire, d'un des ouvriers
qui au prix de leur sang firent la merveilleuse Algérie d'aujourd'hui. Blandan, c'est le
citoyen-soldat, l'ouvrier anonyme que les circonstances élèvent au-dessus de lui-même
et égalent aux plus grands.
Lorsqu'en 1886 l'on ouvrit une souscription pour son monument, chaque soldat de France
apporta son obole. «II faut, écrivait La France militaire - dans ce style de l'époque
dont l'emphase bourgeoise ne doit pas nous faire oublier la permanence des grandes
ambitions chez les dirigeants de la France et des plus vigoureuses vertus populaires
rendre le bronze accessible à tous les degrés de la hiérarchie militaire».
Le 1e, mai 1887, la statue de Blandan fut inaugurée à
Boufarik. Elle représente le sergent blessé qui montre à ses compagnons la voie de
l'honneur. Des bas-reliefs reproduisent diverses phases du combat. Le socle du monument
renferme les ossements du brave sergent et de ses compagnons.
A Lyon, où notre héros naquit, 13, rue de la Cage (aujourd'hui rue Constantine), un monument a été élevé. (Cette première statue a été
fondue pendant la guerre de 14 , et une nouvelle statue l'a
remplacée après guerre). Le 26e régiment d'infanterie célébrait autrefois chaque
année sa mémoire avec solennité, le 12 avril. L'ordre du jour du général Bugeaud
était transcrit sur le livre du régiment. Le colonel au cours d'une revue faisait
l'appel de l'ancienne compagnie de Blandan. Lorsque son nom était prononcé, le capitaine
répondait: «Mort au champ d'honneur».)
Ainsi, à côté des grands qui ont consacré leur vie ou versé leur sang pour la cause
africaine à côté des princes d'Orléans, des Bugeaud, des Clauzel, des Rovigo, des
Changarnier, des Canrobert, des Mac-Mahon, il y a aussi le Français obscur qui n'en a pas
moins fait son devoir et enrichi le patrimoine de gloire qui reste un des titres
impérissables de la France au respect et à la sympathie du monde
.Publications du Centre d'Etudes de l'Agence Inter-France - 1942
Aujourd'hui, la statue de Blandan de Boufarik se trouve
à Nancy

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